À quel saint se vouer…

Donc, dans la première partie de cette nouvelle édition de notre réseau de podcasts, intitulé « Être psy aujourd’hui et demain », nous avons cherché à prendre une attitude plus prospective vis-à-vis du métier de psy en nous demandant comment celui-ci allait évoluer dans un avenir plus ou moins proche, compte tenu de ce que nous avions perçu de changements dans la demande même du patient.

C’est ainsi que nous avons pu consacrer trois séances au problème du « choix du métier » constatant à quel point celui-ci se confondait avec un choix de vie et comment des patients désemparés devant des problèmes qu’ils n’avaient pas ou mal résolus étaient tentés de se confier au psy de cette difficulté qu’ils n’avaient pas abordée ou du moins de cette façon auprès des organismes de formation ou des bilans de compétence ..

Autrement dit, ce que nous pensons avoir démontré à travers cet exemple, c’était comment, à partir d’un problème réputé pratique, nous pouvions déboucher sur des questions de l’ordre de l’existence.

En fait, force était de constater que ce que nous avions fait à propos du choix d’un « métier » pouvait s’étendre à d’autres domaines que la vie professionnelle, soit la sexualité ou les relations affectives, les addictions en tous genres, les relations familiales et le lien parent-enfants, tous secteurs qui avaient eu longtemps chacun leurs propres spécialistes.

Autrement dit, tout se passe comme si la compétence « psy » était appelée à se « généraliser » dans la mesure où l’expérience permettait de constater qu’aucun secteur de la vie psychique et de la vie « tout court » n’était indépendant l’un de l’autre.

D’ailleurs le langage courant ne s’y trompe pas lorsque devant un individu qu’on sent déboussolé, on lui conseille « d’aller voir quelqu’un », pas un psychiatre, pas un psychothérapeute, pas un psychologue, « quelqu’un », dont la fonction a ceci de commun de s’éloigner du médical pour englober le savoir-vivre au sens le plus large du terme, ceci d’ailleurs ayant pour effet de favoriser l’émergence de « métiers parallèles » dont certains fantaisistes : nous y reviendrons.

Quant à l’univers très vaste qui se regroupe sous la qualification de « psy », on peut comprendre qu’il laisse l’éventuel patient assez perplexe et qu’il puisse conduire à des déceptions, comme de cet hypocondriaque qui a passé des années en analyse sans que soit traité son problème d’hypocondrie autrement que par un retour à l’histoire infantile et à l’hypervigilance maternelle : c’est intéressant, mais cela ne « guérit » pas.

En fait, pour les patients un peu plus « au courant », la sphère psy se répartit entre les psychiatres : ceux qui prescrivent des médicaments ;les psychanalystes : ceux qui vous écoutent parler ; et les comportementalistes, qui vont vous proposer des exercices pour vous remettre de vos tocs, phobies et manies diverses.

En simplifiant à l’extrême, on peut dire que la guerre se poursuit entre les psychanalystes, lointains héritiers de Freud et les comportementalistes inspirés par le pragmatisme américain ,même si des tentatives de rapprochement se manifestent sous la forme de « thérapies d’inspiration analytique » ou de «  cognitivo-comportementalisme » .Nous verrons même plus loin que les deux approches peuvent ne pas rester aussi étrangères qu’il y paraît…

Mais parlons déjà du sujet qui m’est le plus familier puisqu’il relève de ma formation initiale et que c’est naturellement celui qui m’a donné matière à réflexion.

Il sera toujours temps d’élargir le champ de nos investigations si, comme je l’espère, vous avez à nous poser une foule de questions, ne serait-ce qu’en fonction de vos expériences vécues.

Donc, la psychanalyse …on peut dire que nous avons vécu un siècle sous son emprise depuis l’entrée fracassante de Freud à travers les Cinq Psychanalyses et les Trois essais sur la théorie de la sexualité jusqu’aux séminaires de Lacan où il était de bon ton de faire semblant de comprendre ce que l’on n’entendait pas …

Dès lors, le but avoué de toute psychothérapie se définissait dans cette exploration de l’Inconscient qui pouvait durer des années, parfois même toute une vie …

C’est sans doute cette lourdeur de l’entreprise analytique, avec le sacrifice financier que souvent elle comportait, et il faut bien l’avouer, le manque parfois de « résultats » tangibles qui a engendré sa désaffection dans une époque où priment la rapidité des progrès obtenus et le rapport qualité/prix.

Elle n’était plus en quelque sorte dans l’air du temps…

Dès lors, comment ont réagi les thérapeutes qui, tout comme moi, avaient baigné dès le début de leur formation et tout au long de leur exercice, plongé dans le « tout analytique » ?

Les uns, fidèles à leurs convictions avaient réagi en faisant « encore plus de psychanalyse », fréquentant les congrès de spécialistes et se penchant en commun sur des sujets aussi complexes que l’étude des états-limites ou les perversions narcissiques.

Les autres, soucieux de se préserver une clientèle moins sophistiquée et donc plus accessibles, s’étaient laissés aller à une pratique qui de l’analyse ne conservait que celle qu’ils considéraient comme l’essentiel, à savoir l’écoute inconditionnelle de leur patient à la recherche d’une histoire infantile susceptible d’éclairer les difficultés présentes.

Sauf que l’une comme l’autre de ces deux options ne s’est révélée satisfaisante dans la mesure où, dans le domaine de la santé mentale comme dans bien d’autres, c’est l’aspect commercial de la question -n’ayons pas honte de le dire- qui est venu affirmer sa loi.

Alors, restait une 3ème voie, une voie qui, sans s’enfermer dans l’esprit de chapelle, permettait à chacun de comprendre « ce qui lui était arrivé » pour lui permettre de se reconstruire autrement.

C’est peut-être en fin de compte ce qui a manqué à la psychanalyse, de telle façon qu’on a pu avoir parfois le sentiment que c’était une fois l’analyse terminée, si tant est qu’elle ait une fin, qu’on allait pouvoir passer aux choses sérieuses : Et maintenant ?

Maintenant, il restait à savoir ce qu’on allait faire de tout ce savoir accumulé, non seulement sur l’histoire infantile et sur la façon dont elle s’était introduite dans la suite de notre existence, mais sur ce que cela voulait dire de nos aspirations, de nos envies, de tout ce qui pourrait vouloir dire que de ce laps de temps qui nous est imparti, il y avait à faire.

C’est ce que m’a appris mon psychanalyste-parce qu’il n’était pas « que » psychanalyste - et ce que j’ai essayé de transmettre à mes patients quand c’était possible (nous verrons que cela ne l’est pas toujours) et cela s’appelle l’espoir.

Mais cela voulait dire aussi que notre tâche -en tant que psy-ne s’arrêtait pas au déchiffrage du passé, mais commençait là où l’on avait pris l’habitude de la terminer.

Rappelons-nous l’histoire de Christine-évoquée dans une séquence précédente qui aurait pu se servir de cette reviviscence de son enfance malheureuse pour se construire une nouvelle vie, alors qu’elle n’en a fait qu’une revanche médiocre sur ses vieilles rancunes …

Nous avons choisi l’exemple de la psychanalyse parce qu’elle nous était proche, mais quelle que soit l’étiquette dont nous nous serions affublés, notre réflexion nous aurait ramenés à la même conclusion : c’est que nous ne sommes pas là pour distribuer un « savoir », mais pour voir en quoi ce savoir peut déterminer un changement qui reste bien au cœur de la demande du patient s’adressant au « psy ». 

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