A usage personnel…exclusivement.

La psy est de mauvaise humeur .
Elle avait pourtant bien précisé à cette patiente dont elle connaissait la propension au bavardage que les thérapies ne s’exportaient pas, que ce qui se disait sur le divan devait y rester et que le langage de l’inconscient n’était pas celui de la vie de tous les jours .
Or ,voici que le mari vient de téléphoner pour expliquer que sa femme s’était sentie « pas bien du tout » après la dernière séance ,qui, selon lui-mais ce n’était pas le souvenir que la psy en avait gardé , avait porté sur leurs relations conjugales .
Bref, il demandait des explications et suggérait… le mot est faible « un entretien à trois »dont l’objectif restait indéterminé.
La psy rêve d’un temps où les thérapies restaient confidentielles , où à la limite, on n’osait pas dire qu’on « était en thérapie » ,et qu’en tous cas , la relation thérapeute-patient restait du domaine de l’intime .
Mais nous sommes au temps du co-voiturage généralisé , les recettes du développement personnel s’échangent dans les vestiaires des salles de sport et l’on commente entre copines les avancées des unes et des autres et les mérites de leurs thérapeutes respectifs .
D’où le vagabondage auquel on assiste et qui représente sans doute aujourd’hui la principale cause d’échec des thérapies .
Mais revenons à ce qui constitue l’essentiel de notre propos : à savoir le danger du mélange des genres et du temps partagé .

Les thérapies dites « de couples »

Dès lors , je vais parler en mon nom propre et dire tout le mal que je pense ou tout le bien que je ne pense pas – de ces soi-disant thérapies de couple voire des thérapies familiales ,dès lors qu’elles sont plus ou moins improvisées par des thérapeutes qui n’ont pas été réellement formés à ces techniques au point d’en sous-estimer les chausse-trapes

Pourquoi est-ce que ça ne marche pas ?

1° Parce que ce n’est pas le problème
Nous nous sommes tellement accoutumés à vivre dans une société où le mal-être de l’un est nécessairement « de la faute de l’autre » que nous ne pouvons même plus imaginer qu’il en soit autrement .
Pourtant, quand je les vois assis ces deux-là, côte à côte , regardant en des directions opposées ,l’un acharné à sauver son couple, l’autre déjà ailleurs ,je ne peux m’empêcher de penser que s’il y a quelque chose à sauver ,c’est peut-être l’un, peut-être l’autre, au choix…certainement pas les deux :la barque a sombré depuis longtemps .
2° Parce que nous ne sommes pas sur la même planète
Avec Elle, J’ai partagé ce long chemin à la rencontre d’elle-même. Je l’ai accompagnée dans la découverte de soi, dans cette passion de comprendre d’où elle venait, où elle allait, quel sens elle pouvait donner à sa vie .
Lui me parle de cette maison à la campagne, qu’il voudrait acheter, pour que les enfants aient leur jardin, et qu’il puisse faire son jogging chaque matin.
3° Parce qu’un psy n’est pas un juge d’instruction
qu’il ne détient pas la vérité (et quelle vérité)
qu’il ne connaît de celle de sa patiente que celle à laquelle elle a bien voulu lui donner accès
et que du reste (de ce qu’on peut appeler le « réel « ) qui n’est pas de son ressort, il ignore tout .
Mais ce qu’elle sait, par contre, la psy ,c’est qu’à peine refermée la porte de son cabinet, elle deviendra le bouc émissaire de leurs disputes domestiques, la caution de leurs règlements de comptes
Je revois un instant Myriam, coincée entre son père et sa sœur, dans cette thérapie familiale ,sans autre ressource que de reproduire une fois encore cette image d’enfant-symptôme qui lui a été assignée une fois pour toutes .

Alors, comment veut-on qu’elle ne soit pas triste , la psy, devant ce rôle auquel on l’a condamnée et dans lequel elle ne se reconnaît pas, et cette supplication qu’elle voudrait adresser à ses patients :
« Cette thérapie est la vôtre. Gardez-la pour vous. »

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