Attention! Enfant surdoué …

Quel parent ne rêverait d’avoir « un enfant surdoué » ?

Un de ces enfants dont les mères s’enorgueillissent au sortir de l’école, comparant leurs résultats de QI :
le mien a eu 135, le mien 140, le mien 150 (au point de sortir de la courbe..) tout ceci interprété comme autant de signes d’exceptionnalité et de chances de réussite à venir.

Le grand mérite du livre de Jeanne Siaud-Fauchin : « L’enfant surdoué », aux Editions Odile Jacob consiste à ce qu’il remet « les pendules à l’heure ». L’enfant surdoué n’est pas seulement un enfant qui pense plus vite que les autres, mais un enfant qui pense différemment des autres. Et c’est là que commencent les problèmes.

Nous ne nous attarderons pas ici sur les difficultés affectives et relationnelles qui font que cet enfant qui se sent différent des autres va se sentir mal compris dans le milieu familial, voire exclu dans sa classe d’âge. Jeanne Siaud-Fachin consacre d’importants développements à cette dimension, auxquels nous ne pouvons que vous renvoyer.

Nous nous consacrerons donc ici à l’un des aspects de cette problématique de l’enfant surdoué parce que précisément il est de ceux qui peuvent le plus interpeller les parents de l’enfant surdoué, voire l’enfant lui-même : il s’agit de l’apprentissage scolaire.

1) A l’école primaire, un élève «brillantissime»
Il a fini ses exercices avant les autres. Il sait ses leçons sans les avoir apprises.  C’est un as en calcul mental...
Evidemment, ceci ne va pas sans quelques inconvénients : il mobilise la parole, perturbe la classe sous prétexte qu’il s’ennuie…
Ce qui, d’ailleurs, dans le meilleur des cas, va inciter ses parents à consulter .

A y regarder de plus près
L’enfant présumé surdoué a une curieuse façon de fonctionner. Il est vrai par exemple qu’il éprouve une véritable jubilation à jongler avec les nombres. Pour autant, il refuse d’apprendre ses tables de multiplication, même s’il obtient toujours le résultat avant tout le monde.

Noé, 10 ans, m’explique comment il joue à doubler les nombres :
1 et 1=11; donc, 1+1=2
2 et 2=22; donc, 2+2=4

De la même façon, il lui suffit d’aligner 2 colonnes :
0 9
1 8
2 7
3 6
4 5
pour retrouver 9 X5=45

Ne me demandez pas comment il a fait : il n’en sait rien lui-même .

Il reste que le résultat lui est venu immédiatement , qu’il ne sait toujours pas sa table de multiplication par 9, et qu’il ne sait pas lui-même comment ile est arrivé au résultat.
L’enfant surdoué sait sans savoir. Tout se passe comme s’il s’agissait d’un fonctionnement intuitif ,dont le fonctionnement apparaît sur l’écran mental de l’enfant. D’où du reste sa très grande habileté avec les jeux numériques, qui fonctionnent selon le même système.

2) Au collège, les ennuis commencent
Les ennuis commencent à partir précisément où on va demander à l’élève surdoué d’expliquer comment il est parvenu à son résultat.

Il a « tout bon » à son problème ,mais il est incapable d’expliquer comment il est parvenu à la réponse. D’ailleurs, cela ne lui paraît pas nécessaire.
La limite est que ce savoir n’est pas extrapolable .Il sait faire ,mais il n’a pas «  appris à apprendre »

Une pensée « en réseaux »
En fait, la pensée de l’enfant surdoué procède par associations. C’est une pensée toujours en marche, une idée en entraînant nécessairement une autre, même si logiquement-elle n’a rien à voir avec la précédente.

C’est ce qui explique qu’il puisse faire plusieurs choses à la fois : jouer avec son ordinateur et regarder la télévision, par exemple. Contrairement à ce que nous pouvons croire, il voit ce qui se passe sur son ordinateur en même temps qu’il entend ce qui se passe à la télévision.

Il est clair que ce mode de pensée est antinomique avec la pensée linéaire à laquelle nous avons été entraînés et qui exige qu’on parte d’un certain point pour aboutir, étape par étape à la conclusion;

On voit bien que se présente là un dilemme fondamental en termes d’éducation :
Va-t-on essayer, vaille que vaille, de conserver la prédominance de la pensée linéaire ou essayer d’adapter notre système éducatif aux nouveaux modes de pensée de l’enfant d’autant qu’ils sont encouragés par les nouveaux outils de la connaissance et notamment le fonctionnement du numérique ?

Il reste que, pour en revenir à notre sujet, il ne faut pas s’étonner de l’effondrement qui risque de marquer, chez un enfant réputé surdoué, l’entrée au collège, avec ce qu’elle suppose de recours à des cadres qui ne sont pas les siens,et dont souvent, il ne comprend pas le sens.

3) Les avatars de l’adolescence
Ils ne concernent pas spécifiquement et de loin, les ex-enfants surdoués.
Mais on peut concevoir que ceux-ci aient des problèmes particuliers pour les dépasser :
- d’abord, parce que, compte tenu de ce qu’on attendait d’eux, ils sont plus atteints que les autres par la médiocrité de leurs résultats.
- parce que leur recherche de « sens » se fait de plus en plus exigeante en même temps qu’elle est déçue, ne serait-ce que parce qu’ils ne comprennent plus trop ce qu’ils font dans le système scolaire et à quoi celui-ci va les mener.
- sans doute aussi parce que leur « différence » s’est accusée au fil du temps ,ce qui les a amenés soit à se sentir exclus ,soit à s’intégrer en sacrifiant une part de leur personnalité : surtout, ne pas « se distinguer ».

Nous n’allons pas nous appesantir sur le sujet qui a été traité par ailleurs et dont Jeanne Siaud-Facchin fait là encore une analyse très pertinente .

Nous essaierons de conclure sur une question qui reste ouverte :
Faut-il considérer les enfants surdoués comme une catégorie « à part » qui mériterait des écoles, des classes, et un enseignement spécialement adaptés.
Ou les inclure dans le système ,quitte à leur fournir individuellement, les moyens de s’y adapter ?

Ce qui renvoie, bien évidemment, au rôle des parents et à la part qui leur revient dans l’écoute et l’éducation de leurs enfants, l’école ne pouvant naturellement pas répondre à toutes les particularités individuelles.Le livre de Jeanne Siaud-Facchin a entre autres le mérite d’attirer leur attention sur la vigilance nécessaire y compris vis-à-vis de ces enfants qui ont à la fois la chance (ou la difficulté) d’avoir été réputés « surdoués ».

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