C’est très profond, une vocation

Nous avons consacré le premier thème de cette nouvelle série de podcasts

Intitulée « Être psy aujourd’hui et demain » au choix d’un métier dans la mesure où celui-ci peut être assimilé au choix d’une vie.

Il nous reste à comprendre en quoi « ce choix d’un métier » qui bénéficie largement des conseils soit de l’entourage soit des professionnels de la formation fait partie du métier de psy tel que nous pouvons l’envisager.

Eh bien, précisément, parce qu’au-delà du confort matériel et de la considération sociale, il fait appel à quelque chose de plus profond qui est de l’ordre de la vocation.

Je vais vous raconter, bien que ce ne soit pas dans mes habitudes, une histoire personnelle :

Pourquoi je suis devenue « psy » ou pourquoi j’ai quitté, à la mi-temps de mon existence,un métier autrement rémunérateur et bien considéré pour m’engager dans une formation d’une dizaine d’années qui n’avait rien à voir avec ma formation initiale et dont j’ignorais où elle allait me mener.

Les explications ne manquent pas :

-engagée moi-même dans une longue analyse, j’avais fini par comprendre que j’avais envie de me consacrer à autre chose qu’aux Petits Cœurs de Belin et aux yaourts de Yoplait (j’ai oublié de vous dire que j’étais publicitaire )…l’effet Beigbeder en quelque sorte .

Pour ceux ou celles qui ne seraient pas au courant, Beigbeder est le nom d’un concepteur publicitaire reconverti dans l’écriture et à qui on a plus ou moins reproché, à tort ou à raison, d’avoir « craché dans la soupe ».

Pour en revenir à mon histoire, l’exemple même de mon analyste et ce que j’avais perçu comme ses encouragements y étaient sans doute pour quelque chose.

Mais ces arguments n’auraient sans doute pas suffi pour que je m’embarque avec mes enfants dans une entreprise aussi hasardeuse qui exigeait une refonte complète de ma formation initiale sans me garantir de quoi demain, l’avenir serait fait.

C’est au cours de cette reconversion que j’ai fini par comprendre qu’était intervenu en arrière-plan et dans la profondeur de mon inconscient quelque chose de beaucoup plus important.

Je suis la fille d’une mère morte à 20 ans, alors que j’avais un peu plus de 2ans et je sais maintenant que ma vocation de « psy » est née du besoin de « réparer cette injustice » de sorte que je ne supporte pas de voir les gens passer à côté de leur vie, comme s’ils en avaient une autre à leur disposition.

C’est très profond, une vocation : on ne devient pas médecin parce que son père l’était, pas plus qu’on abandonne un commerce florissant parce que son père était restaurateur et qu’on ne voulait pas lui ressembler.

J’ai passé toute une longue année auprès d’un jeune homme obsessionnel émigré de son Sud natal jusqu’en Sorbonne qui consacrait la totalité de nos séances à se demander« quel serait le métier qui lui conviendrait le mieux »   tandis qu’il égrenait les propositions les plus fantaisistes : avocat réputé, notaire enrichi, conseiller à la Cour des Comptes, professeur au Collège de France, et j’en passe…

Chaque option étant discréditée par avance par rapport au regard qu’il se faisait de lui-même 20 ans plus tard débarquant à la gare de son petit village sous les regards admiratifs des gars du pays tandis qu’il se dirigeait vers la somptueuse villa qu’il s’était fait construire là-haut sur la colline .

Bien entendu, il n’est rien sorti de toutes ces cogitations, je sais seulement qu’il est « rentré au pays »et que de sa gloire future on n’a plus entendu parler.

Tout autre est le cas de Juanito qui s’aperçoit, la trentaine dépassée et ses chances avec elle que cette vocation à laquelle il avait tout sacrifié, son pays, sa famille, ses amis …ne le rendait pas heureux.

Il avait pourtant une idée de la façon dont elle lui était venue, de cette rivalité entre un professeur de piano qui lui prédisait un avenir international et une mère aimante qui n’avait pas su le comprendre.

Simplement, on ne construit pas sa vie sur une rivalité œdipienne, même si on a bien compris de quoi il s’agissait …ce qui fait qu’aujourd’hui il se sent toujours tiraillé entre le désir d’être le plus beau, le plus désirable, le plus aimé par celui qui partage sa vie et une carrière artistique qui ne lui a pas apporté toutes les satisfactions qu’il en attendait.

Autrement dit, il ne suffit pas de savoir ce qu’il en est d’une vocation, il faut pouvoir l’interpréter.

Et c’est là que la psy, en particulier si elle est de formation analytique (mais comment être psy si on « n’en est pas » a tout son rôle à jouer.

Encore faut-il qu’elle ait assez d’expérience-et donc de prudence pour ne pas se laisser abuser par des abus de pouvoir ou les vertiges du contre-transfert.

Parce que cela vient de loin une vocation, cela nous renvoie à nous-même, à ce que nous avons de plus profond en nous, à savoir nos émotions.

Ce peut-être une image aperçue, comme l’éblouissement de l’océanographe

en devenir devant les Calanques de Marseille ou la lumière d’un jardin au matin pour le peintre Claude Monet.

Ce peut être une rencontre comme celle d’Albert Camus, futur Prix Nobel et enfant d’une mère illettrée avec le maître d’école qui lui transmettra sa passion des livres

Ou plus mystérieusement une sorte de nécessité intérieure qui imprégnera toute notre existence : c’est ainsi que Bernard Tapie, dans une interview peu avant sa mort, justifiait en quelque sorte les aventures bonnes ou mauvaises qui avaient marqué sa vie par ce qu’il appelait sa « rage de gagner », quitte à l’exprimer à travers des domaines aussi variés que les affaires, la politique, le sport, et le spectacle.

C’est aussi peut-être ce que je ressens, à mon niveau, quand je ne me sens jamais aussi triste que le jour où je n’ai pas écrit.

A l’inverse, on comprend à quel point il peut être difficile de s’attacher-au sens le plus concret du terme -à des tâches déshumanisées, non seulement par la machine -au sens traditionnel, mais par les outils du numérique.

Il fallait vraiment être informaticien dans l’âme et pur produit de la Silicon Valley pour s’émouvoir devant un algorythme .

Plus proche de nous, ceci nous explique comment le recours systématique aux outils du numérique et plus récemment la systématisation du « télétravail »,

malgré la promotion dont il a bénéficié ,ont pu conduire à ce désintérêt croissant par rapport au choix du métier ,et à l’indifférence avec laquelle on passe de l’un à l’autre ,voire aux « petits boulots » ,comme si cela n’avait pas d’importance -exception faite (et pour combien de temps ) pour les activités qui se rapprochent de l’artisanat, de la nature et de l’humain ..quand il n’est pas encore déshumanisé .

Donc, c’est très profond, une vocation, puisqu’elle touche à notre envie même de vivre …de même que nous verrons, dans notre prochain entretien consacré au choix du métier que c’est cette vocation qui, à condition de se transformer en projet, va donner un sens à notre existence.

C’est sans doute cette intuition qui guide nos patients aujourd’hui quand ils viennent nous interroger sur un problème qui ne paraît pas directement de notre ressort, mais sur lequel ils ont l’intuition que nous allons peut-être pouvoir les aider.

Prochain article sur ce thème du « choix du métier »

« Un projet, sinon rien » 

Vous pouvez retrouver Michèle Declerck, psychanalyste et sophrologue

sur Spotify « Être Psy aujourd’hui et demain » 

ou encore prendre contact au 06 03 55 92 94 Paris 5ème

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