Et maintenant ? Et maintenant, que vais-je faire ?

Et maintenant ?
Et maintenant, que vais-je faire ?

Quelques patients d’un nouveau genre

Jean ne se pose même plus la question , ou plutôt il ne cesse de se la poser, tout en sachant qu’il ne peut l’esquiver .
Il s’est, en 25 années , bâti une réputation et une entreprise à travers ce qu’il a longtemps considéré comme une vocation :la restauration .
Pas n’importe quelle restauration : la restauration de « haut de gamme » ,celle qui vise une clientèle « top niveau » capable d’apprécier à la fois la convivialité de son accueil et la créativité de sa cuisine .
D’où vient qu’à l’heure actuelle, ça ne marche plus de la même façon ?
Bien sûr , les temps sont difficiles , mais pas tellement pour cette clientèle-là..
Bien sûr, il y a de nouveaux concurrents , mais qu’ont-ils de plus que lui ?

Dans un tout autre style, et de 20 ans plus âgé, il y a Henry, historien, reconnu dans sa spécialité : le devenir des anciens « poilus » , et en particulier de ces soldats africains revenus au pays après avoir « servi » la France lors de la 1ère guerre mondiale .
Mais aujourd’hui, qui s’intéresse encore à leur sort ?
Il n’en reste plus guère et surtout pas les éditeurs, plus soucieux de sujets « vendeurs »

C’est aujourd’hui de nouveaux patients qui nous arrivent : ils ont entre 50 et 70 ans-ce sont majoritairement des hommes :les femmes arrivent à se rétablir, ne serait-ce qu’à travers leur progéniture ,nous imposant ce questionnement :
Qu’ai-je fait de ma vie ,
Et surtout que pourrais-je en faire encore ?

Une maladie de société

Alors , bien sûr, ils ont des circonstances atténuantes .
La vie est devenue très longue : la preuve en est que sur le plan du couple et des configurations familiales , il est devenu très rare de vivre toute sa vie avec le même compagnon ou la même compagne ,voire avec la même génération d’enfants .
Alors, pourquoi voudrait-on que sur le plan de la vie professionnelle, il en soit autrement ?
Pourquoi n’y aurait-il pas , dans le domaine professionnel ou plus simplement des centres d’intérêts ,l’équivalent du « démon de midi » qui a inspiré pendant des décennies , le théâtre de boulevard ?
Tout simplement ,parce que ce n’est pas si simple .

Autant, il peut paraître aisé de remettre au goût du jour les vieilles recettes de la séduction,
autant il peut paraître malaisé de trouver sa place dans un monde dont les donnes ont changé :
Tel ce banquier dépassé par la génération de jeunes informaticiens ,
qui ne connaissent rien à la finance, mais tout à l’ordinateur,
ce médecin généraliste submergé par la paperasserie de la Sécurité Sociale,
cette enseignants impuissante à rivaliser avec les copier-coller d’Internet et le langage des textos …

Ce n’est pas si simple de remettre en cause des années de formation classique pour se plier aux lois du numérique et du tout consommable ;
D’où la tentation du repli….
Sauf que le repli, à 50 ans , ce n’est tout à fait pas possible, à 70 ans, la maison de retraite ,et la mort annoncée …alors même que sur le plan biologique ,on nous a donné la tentation d’aller au-delà,
ce n’est pas non plus ce qu’on peut souhaiter de plus motivant.

Un second souffle ?

Alors , un second souffle, pourquoi pas ?
Sauf qu’on n’a pas envie, ou pas les forces, ou pas d’idées…
N’est-ce pas ce qu’on vient nous demander , à nous autres « psys » ?:
une nouvelle envie, de nouvelles forces, de nouvelles idées ?
Dès lors, la question devient :
Sommes-nous en état d’entendre cette demande non exprimée et surtout d’y répondre , d’insuffler ce second souffle, dont on nous dit qu’il a déserté ?
Une 1ère réponse consisterait à faire ce que nous savons faire : évoquer un burn out, un bore out , une dépression ou une névrose d’angoisse ,bref à recouvrir d’un diagnostic psychiatrique ce nouveau mal à être .
La 2ème , à minimiser les dégâts , suggérer quelques activités de diversion, comme une retraite anticipée ,voire l’occasion de remettre ses affaires en ordre .
La 3ème , à répondre à ce qui nous a été dit ,qu’on n’est pas résigné à s’arrêter là mais qu’on a besoin d’être aidé.
Evidemment ,une telle option demande des compétences qui dépassent l’écoute bienveillante :-
une invitation au calme ,soit une sorte d’année (pas nécessairement) sabbatique qui permette de faire le point
-une reprise de l’histoire narrative qui débouche sur une autre « possibilité d’être soi » que ce faux self dans lequel on s’est enfermé
-et enfin, peut-être des exercices de créativité qui ouvrent sur un projet .
En fait, nous avons les outils pour y parvenir.
Le problème est que nous, non plus, n’avons pas été formés pour « cela »,
et que ce second souffle nous concerne, nous aussi.

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