Hôpital mode d’emploi

 

Les pièges du « protocole »

 

On a beaucoup parlé de l’impécuniosité des hôpitaux publics et de l’urgence qu’il y aurait à les aider à mettre de l’ordre dans leurs finances .

Mais ce qu’on sait moins , c’est que certains ont déjà pris les devants à partir de quelques procédés « ingénieux » mais dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne vont pas dans le sens du bien-être des patients ni des finances du contribuable .

J’ai donc pris le parti de vous raconter ma petite histoire ,dont j’ai mis un certain temps à défricher les dessous , avec l’espoir qu’elle pourra vous servir .

Une chute,somme toute banale.

Donc, un après-midi de décembre , je glisse sur le pavé mouillé avec l’évidence que je ne parviendrai pas à me relever .

A partir de là, circuit habituel :

les pompiers, qui sont les seuls en l’occurrence à manifester quelque humanité

un après-midi aux Urgences avec un orteil coincé dans les barreaux du lit, sans que personne daigne s’en occuper,

bref tout ce que nous connaissons déjà ;

Le lendemain, le diagnostic est tombé :

fracture de la hanche < direction ,le bloc opératoire ;

Apparemment , pas de problème sinon qu’un  jeune chirurgien embarrassé m’explique qu’un peu de ciment (quel ciment ?)se serait glissé dans l’articulation et qu’il faudra peut-être « réintervenir » .

Pour l’instant ,je suis prise en charge par un jeune homme souriant , style stagiaire  du Club Med ,qui m’expédie à travers cours et couloirs vers un lieu de vacances qu’il appelle UPOG ,sigle que j’apprendrai à déchiffrer et qu’il me reste à découvrir

Je reprend peu à peu  mes esprits dans une chambre double ,un rideau sale me séparant  de ma coloc que je ne verrai pas ,une grabataire qui a décidé de me mener la vie dure, exigeant que j’éteigne la loupiote commune ou que je l’allume selon ce qu’elle en a décidé .

Pour me distraire, j’explore les environs pour m’apercevoir que je suis dans le service de gériatrie du Pr V. où l’on remise toutes les « suites d’opérations , dès lors qu’elles ont dépassé un certain âge .

D’une part, je ne me savais pas avoir atteint cet âge-là ,ayant toujours eu bon pied bon œil,

Et d’autre part, je ne comprenais pas comment arrivée là pour une banale chute de trottoir,je me retrouve dans cet endroit où l’on vous réveille à 4 heures du matin pour votre piqûre et où l’on vous abreuve toute la journée de questionnaires imbéciles ,style : qui est le président de la république, quel jour sommes-nous  ou compter de 4 en 4 et à l’envers de 100 à zero.

Toutes choses que n’importe quel étudiant en première année de psycho maîtrise parfaitement ,mais dont je ne vois toujours pas en quoi elle me concernent .

..jusqu’à ce que je comprenne …

 

Je suis dans le protocole

Ce qui fait qu’à partir de là, je ne suis plus un individu normalement constitué ,libre de ses faits et gestes, mais une sorte de momie soumise au bon vouloir du pouvoir médical et de ses injonctions méprisantes :

 

« Alors,là, ma petite dame, il va falloir faire pipi, parce que sinon , c’est la sonde .. »

J’enrage, d’autant que mon devenir me paraît plus qu’aléatoire : j’entends qu’il est question de m’orienter vers un centre de rééducation où il n’y a pas de place pour moi ou une sorte de « fondation » dont la réputation est  qu’on y entre pour un délai indéterminé .

Heureusement pour moi, j’ai très mauvais caractère ,ce qui fait que l’on m’a rapidement orientée vers une autre solution qui consistait à poursuivre ma convalescence chez moi avec l’aide d’une kiné et d’une infirmière à ma charge .

J’étais donc libérée, encore que pas vraiment car je ne cesse depuis lors de recevoir des convocations pour des consultations diverses soit en rhumato, soit en neuro-psychiatrie ( ?) dont le dénominateur commun est que je ne les ai pas sollicitées, qu’elles ne me servent à rien,  et qu’elles me sont facturées pour autant .

C’est ici que je comprend le « génie » du protocole :

A partir du moment où vous êtes entré dans le système ,vous devenez le « patient »idéal qu’on va traire jusqu’à plus soif , l’hypothèse étant qu’étant donné son âge et son état de faiblesse présumé  ,il  ne sera pas en état d’y échapper .

 

Pourquoi j’en parle ?

 

Parce que la liberté de disposer de soi-même ,de sa santé et de son propre corps me parait essentielle .Ce pourquoi j’ai adhéré à l’ADMD , soit l’Association pour le Droit de Mourir dans  la Dignité ,qui est censée vous garantir de tout acharnement thérapeutique sans votre consentement .

Je précise d’ailleurs que dès mon entrée dans les services du « protocole »,on m’a fait comprendre que ce genre de carte n’avait pas de valeur « ici » et que par conséquent, ce n’était même pas la peine d’en faire état .

Mais je suis de ceux ou celles qui continuent à penser que le pouvoir médical-de quelques titres qu’il s’honore- reste subordonné à la volonté de vivre ,de se battre et pourquoi pas de souffrir  en paix ,et qu’il nous appartient –en particulier à nous autres thérapeutes, d’en dénoncer les supercheries ,et donc d’en prévenir ceux qui n’ont pas les moyens de s’en préserver..

 

 

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