“Je ne peux plus ouvrir un livre” un signe méconnu de la dépression

Bien sûr qu’elles « savent lire » .Elles n’ont pas manqué l’école et la plupart d’entre elles ont acquis un niveau Bac + + + …

D’où vient donc qu’elles sont devenues incapables d’ouvrir un livre, et peu importe qu’il s’agisse d’un polar, d’un roman facile ou de ces innombrables livres de recettes pour mieux vivre dont elles sont pour autant théoriquement très friandes .

Les plaintes se répètent :

« Je ne peux pas..J’ai là un livre de Pancol qui est pourtant drôle, je l’ai commencé il y a 4 ans, une histoire de crocodiles ..j’en suis toujours à la même page. »

« J’ai bien essayé de lire le bouquin que vous m’avez prêté. Ce n’est pas qu’il ne m’intéresse pas, mais je n’arrive pas à entrer dedans. »

« Ce serait bien si je pouvais lire, seulement je ne peux pas. Je ne parviens pas à me concentrer. Ca s’efface à mesure »

Je m’aperçois que ce faisant, je parle uniquement au féminin. Est-ce que les hommes seraient préservés de ce mystérieux blocage qui frapperait exclusivement leurs compagnes ?

Je pense que l’explication est plus simple : ils n’essaient même pas, tant il leur est aisé de se dissimuler derrière l’usage compulsif de leurs jeux video.

Pour en revenir à nos nouvelles illettrées, j’ai longtemps hésité à lier leur impuissance à lire à la dépression dans la mesure où elles étaient loin de présenter toutes les mêmes symptômes.

Certes, il y avait les éternelles fatiguées, celles qui après le stress de la journée de travail et le coucher des enfants, n’avaient plus qu’une envie :faire le vide sur le canapé au risque de ne plus y trouver le sommeil.

Mais il y avait celles qui, disposant d’un long week end pour elles toutes seules, ayant épuisé les ressources des séries télévisées, ne parvenaient pas pour autant à ouvrir ce livre qui semblait les attendre.

Il y avait les agitées, tellement angoissées qu’incapables de tenir en place, cédant à la crise de panique ou à une frénésie ménagère, dans un mouvement tourbillonnaire qui excluait jusqu’à la possibilité de s’asseoir dans un fauteuil.

Je ne parvenais pas pour autant à leur trouver un dénominateur commun

Surmenées, peut-être; anxieuses, la plupart du temps; obsédées aussi, par des préoccupations excessives, voire imaginaires qui ne leur laissent aucun champ libre .

Mais les symptômes n’en étaient pas moins là :

-incapacité à concentrer son attention et donc à mémoriser, ne serait-ce que le temps d’une page

-refus de s’échapper ne fût-ce qu’un instant du quotidien ou des soucis immédiats

-impossibilité de se projeter dans un imaginaire qui concerne d’autres temps, d’autres lieux, d’autres personnages alors même que cette évasion-là constitue l’un des bénéfices les plus évidents de la lecture.

Mais derrière ce que je pourrais appeler cette « 1ère ligne » de symptômes, que trouvait-on encore?

-assez fréquemment, la prise d’anxiolytiques, destinée à se couper de ses émotions, mais avec vraisemblablement l’effet secondaire d’une certaine indifférence.

-très souvent, la crainte d’être seule, comme si la présence physique de l’autre était indispensable pour avoir le sentiment d’exister.

-enfin, une faible estime de soi, dissimulée derrière des manifestations de dévouement professionnel ou familial.

Une hypothèse -à vérifier-serait que , si l’on ne peut considérer cet « illettrisme » tardif comme l’un des signes d’une dépression avérée ,il pourrait bien constituer le symptôme majeur d’un nouveau type de dépression, non répertoriée en tant que telle , dont l’essentiel tiendrait dans un refus de l’imaginaire et de l’émotionnel , la lecture en représentant la porte interdite.

Pas de commentaire.

Ajouter un commentaire