JOUR DE COLÈRE

C’était un dimanche particulièrement maussade :

Le surlendemain du jour où notre père fouettard national , avec l’air chafouin du maître d’école qui va venir vous taper sur les doigts ,est venu nous annoncer que si nous avions été sages ,nous ne l’avions pas été encore assez ,et que par conséquent nous étions tous condamnés à rentrer chez nous à 6 heures du soir ,c’est-à-dire à la sortie des classes.. et avant la nuit tombée ..

sauf que la nuit ne tombe pas de la même façon à Paris et à Romorantin, et que nous ne sommes pas habitués à penser aux courses du dîner à 5 heures du soir..

pas plus que nos patients sont entraînés à rentrer chez eux dans les mêmes créneaux …

J’étais donc particulièrement maussade devant ce dimanche sans horizon , quand tout soudain trois de mes patients habituels se sont manifestés m’amenant à les « caser »  tant bien que mal dans l’espace rétréci de mon après-midi …

La « bonne surprise » ne s’arrêtait pas là, en ce sens que ces mêmes patients ,plutôt accoutumés à geindre ,m’apportaient un tout autre langage :

-La 1ère , Sylvie, que je m’étais accoutumée comme une perpétuelle assistée, m’annonçait qu’elle avait plus ou moins « laissé tomber » sa cohorte de thérapeutes habituels : orthophoniste ,osteopathe, nutritionniste ,persuadée qu’elle était désormais de pouvoir « se prendre en mains »

-Le second ,Karim, que j’avais eu tant de difficultés à convaincre de poursuivre un chemin cohérent, m’expliquait qu’ayant entamé un livre que je lui avais prêté ,et que je savais d’abord difficile ,il avait du mal à en interrompre la lecture ..tant il s’ y retrouvait .

-La 3ème Sophia, habituellement absorbée par ses préoccupations hypocondriaques ,me disait comprendre comment son addiction à la médecine n’était qu’une autre interprétation de ce qu’elle avait connu auparavant par rapport à la drogue et à l’alcool ,et qu’elle pourrait s’en tirer de la même façon .

Tout ceci était assez singulier pour que je m’y arrête ..

Je les quittai donc sur cette impression que dans cette période où « on se laissait aller » ,il y avait encore des gens pour s’arrêter, se reprendre et penser au temps d’après..

Mon impression s’est trouvée confirmée quand après le départ de la dernière d’entre eux ,je reçus un texto de cette patiente phobique de l’avion que j’avais préparée depuis 3 semaines à un voyage compliqué vers Terre-Neuve avec long-courrier, escale à Montreal, petit avion « polaire » et qui me disait simplement : « Bien arrivée .merci. »

Il y a des jours comme cela où sans en avoir fait plus que d’habitude , on se sent récompensée des efforts qu’on a pu faire , y compris dans ses moments de découragement.

Alors ,j’ai eu honte , ou presque honte ,de m’être laissée aller à ne plus tenir ma vie en mains , d’avoir confié à ces statisticiens , à ces journalistes en quête de scoops et à ces médecins improbables cette peur dont ils s’inspiraient pour faire de nous les cobayes de leurs incertitudes..

Et je suis repartie ,comme mes patients de ce dimanche-là, comme je vous le souhaite à vous tous ..

A votre disposition pour en parler ensemble, en groupes ou individuellement .

Michèle Declerck psychanalyste et sophrologue

77 rue Cardinal Lemoine 75005 PARIS

06 03 55 92 94 micheledeclerckk@gmail .com

Les commentaires sont fermés.