La maladie de Charcot…

Ce qu’il y a d’intéressant, avec l’hypocondrie, c’est qu’il n’ y a même pas besoin d’inventer de nouvelles maladies aux noms obscurs pour relancer l’intérêt du public, encore que le procédé continue de fonctionner .

Il suffit de rebaptiser une maladie tombée plus ou moins en désuétude pour en relancer l’intérêt sous une appellation « relookée » .

Ainsi , de la fameuse maladie de Parkinson ,ayant perdu de son originalité du fait du vieillissement de la population , et reprenant une nouvelle jeunesse en tant que « maladie de Charcot » dont le diagnostic improbable n’en finit plus de hanter nos cabinets .

A priori, les symptômes sont voisins :

-lenteur à initier les mouvements

-raideur musculaire

-tremblements au repos (appelés pour cette raison tremblements essentiels)…

si ce n’est que la maladie de Parkinson a perdu de son aura ,du fait de son ancienneté et d’une certaine familiarité avec ces 75+ qui avancent à petits pas et parlent à mots couverts .

La maladie de Charcot ,c’est tout autre chose :

La plus grave des maladies neurologiques, dixit Doctissimo qui les connait toutes, avec cette particularité qu’elle atteint de plus en plus d’adultes jeunes: entre 25 et 40 ans, soit la moyenne d’âge de nos patients hypocondriaques, avec une évolution imprévisible, mais qui ne dépasse pas beaucoup une espérance de vie de 36 mois, avec la perspective d’une paralysie progressive du corps tout entier:

le visage, dans sa fonction expressive: le sourire, la parole

fonctionnelle: avaler, déglutir

les bras et les jambes, dont la motricité se réduit inexorablement

le ventre et la poitrine, dans leurs fonctions vitales.

Il y a effectivement de quoi paniquer, d’autant qu’on nous informe par ailleurs de la multiplicité des symptômes et de leur caractère anarchique:

-la raideur, bien entendu, sous des formes plus ou moins inattendues: crampes nocturnes, sensibilité au froid, à la fatigue, à la moindre contrariété, sensations bizarres ,comme « de vers courant sous la peau »

-ce qui n’exclut pas d’autres symptômes beaucoup plus courants ,comme la constipation, les troubles du sommeil, les douleurs articulaires ou la fragilité émotionnelle .

Qui ne se reconnaîtrait pas dans l’un ou l’autre de ces signes, dont la banalité même impressionne .

Et comment ne pas se sentir atteint par la terreur de ces patients pour lesquels l’un ou l’autre de ces signes a valeur de couperet mortel ?

Il y a longtemps que je dénonce le rôle coupable des medias et en particulier de la vulgarisation via Internet dans la propagation de l’hypocondrie, mais je crois que jamais encore, je n’en avais mesuré la folie et la puissance qu’à travers ces patients qui vous déclarent d’emblée :

« Voilà. J’ai tous les signes de la maladie de Charcot. J’ai consulté un neurologue. Il n’a rien trouvé. Mais il m’a prescrit un certain nombre d’examens dont j’attend maintenant les résultats. Et je suis mort de peur... »

Mort de peur... On ne saurait mieux dire… si ce n’est qu’ils viennent de mettre le doigt sur leur seule véritable maladie, celle qui ne les fera pas mourir, mais qui les empêche de vivre:

Cette hypocondrie qui constitue la plaie majeure de notre société dans ce qu’elle implique d’egocentrisme, de renoncement à tout ce qui pourrait être de l’ordre de la joie, de l’avenir et des projets, et contre laquelle pour ma part, je continuerai à me battre. Parce que c’est trop bête…

Les commentaires sont fermés.