la pensée positive?

Pourquoi il ne sert à rien de « penser positif »
.
..si on n’est pas d’humeur à le faire

Parmi les recettes de grand’mère diffusées par les ouvrages à succès des rayons « Bien Etre », c’est sans doute la plus populaire parce que la plus facile d’accès :

« Think positiv »

Autrement dit , «  remplacez vos pensées négatives par des pensées positives » et le tour sera joué : Plus d’angoisse, plus de stress , envolées les phobies, adieu la dépression .

C’est bien pourquoi Jean-Jacques se désole : Ce grand hypocondriaque a beau appliquer à la lettre les préceptes de ses lectures, « ça ne marche pas »

« Si j’ai mal au ventre, j’essaie de me convaincre que ce n’est pas grave, que c’est juste de l’anxiété. Oui, mais je pense à ce psychiatre qui m’a dit que, quand on était anxieux, on l’était pour la vie. Et alors, j’entends la voix de ma mère qui crie « Va te faire soigner » Et j’ai peur de devenir fou. Je ne m’en sortirai jamais »

Alors, pour la énième fois, je reprends mes explications: à savoir qu’on ne pense pas avec son cerveau ,encore moins avec sa raison, mais avec son corps tout entier et notamment avec ses émotions.

On le savait depuis longtemps :Freud  était passé par là, et tout ce qu’on a pu écrire depuis sur l’intelligence émotionnelle.

Mais nous en avons désormais la preuve scientifique avec l’évolution des neurosciences et des techniques d’exploration cérébrale qui témoignent de l’interdépendance entre les fonctions de la pensée ,les centres des émotions et les messages venus du corps.

Le professeur E.Damasio nous en fournit d’éclatants exemples à travers ses ouvrages- clés  « L’erreur de Descartes » et « Spinoza avait raison » .

Mais pour autant, je ne peux conseiller à Jean-Jacques de lire Damasio qui est tout de même un peu difficile d’accès, et je reprends à son usage personnel le schéma explicatif que j’ai conçu pour mes patients anxieux-et ils le sont tous.

1° Tout commence par l’émotion
Or, les émotions sont du corps et dans le corps, plus précisément au niveau du plexus solaire, au creux de l’estomac, sous le diaphragme, là où elles sont conservées et dont elles peuvent émerger à tout moment ,sans même nous en prévenir .

2° C’est l’attention portée à cette émotion qui va lui conférer une importance disproportionnée par rapport à l’incident qui l’a déclenchée et qui peut être une vague sensation, une image entrevue, une remarque anodine, mais qui a pris tout son poids du fait que tout un lot d’émotions passées et qu’on pouvait croire oubliées sont venues à la rescousse de l’émotion présente .

3° Et c’est à partir de ce moment et de ce moment seulement que du fait de l’attention que l’émotion aura suscitée va se  déclencher la spirale imaginative qui va faire d’une simple sensation l’indice d’une maladie gravissime ou d’une impression fugitive le présage d’un danger mortel.

4° Ceci, d’autant plus que nous baignons dans un environnement délibérément pessimiste nourri par les discours alarmistes des medias et les informations délirantes qu’on peut récolter sur le Net et ailleurs.

Mais il reste que c’est l’émotion qui « colore » notre pensée ,et qui fait que nous pensons triste quand nous sommes tristes et que la mauvaise humeur nous donne des idées sombres .

Nous voilà bien avancés, nous direz-vous .

Vous ne parlez plus d’avoir des pensées positives ,mais de favoriser les émotions positives

La réalité est un peu plus complexe :

Il n’y a pas plus d’émotions positives que de pensées positives .

Il y a une prise de conscience de ce que notre vision des choses dépend à la fois de notre état corporel, de notre équilibre émotionnel, de notre fonctionnement cérébral-pensée comprise  ,lui-même modifié par notre activité et notre environnement social.

Il ne s’agit donc pas d’une transformation   mécanique -et pour autant magique – ainsi que nous le propose  la pensée positive , mais d’une attitude dynamique qui consiste à prendre en charge son existence en fonction de la totalité et de l’interdépendance des facteurs qui la conditionnent .

C’est notamment ce que nous enseigne la pratique  des thérapies à médiation corporelle face aux « certitudes »  du cognitivo-comportementalisme .

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