La prise en charge des thérapies : Pour ou contre ?

 

La prise en charge des thérapies: Pour ou contre ?

Drôle de question:a priori, on est pour ..

-en tant que psy, d'abord :Quel thérapeute ne souhaiterait pas voir ses consultations remboursées au lieu et place de ces multiples tranquillisants ,antidépresseurs , neuroleptiques ,dont nous connaissons l'inefficacité ,

voire les effets iatrogènes ?

-en tant que citoyen ,conscient de ce que ces multiples prescriptions ,qui finissent dans l'armoire à pharmacie , dès la lecture anxiogène des « précautions d'emploi »

contribuent au « trou » de la Sécurité Sociale ,du fait de l'hypocondrie qu'elles génèrent et de l'hyperfréquentation médicale qui s'en suit .

Mais un soupçon nous vient :

certes, nous ne sommes plus à l'époque où les psychanalystes de la société bourgeoise

prétendaient que le patient devait « payer » et de sa propre poche et souvent fort cher le coût de leurs séances s'il voulait en tirer quelque bénéfice ..

mais pour autant ,flotte quelque part l'idée qu'une psychothérapie « prescrite » , c'est à dire « remboursée »-puisque c'est bien de cela qu'il s'agit ,surtout si elle s'effectue dans un « centre de soins » ouvert à tous n'aura pas la même valeur qu'une thérapie personnelle ,librement choisie, avec l'effort que souvent elle suppose .

Et c'est là qu'intervient la notion de « prise en charge » qui dépasse très largement l'aspect financier à laquelle notre société de consommation serait prête à la réduire ..

Les antidiabétiques ont fait leurs preuves ,et chacun sait qu'accompagnés d'une hygiène de vie strictement respectée ,ils donnent des résultats .

Oui, mais voilà ,nos cabinets sont encombrés de patients qui ,même sachant « ce qu'ils devraient faire « , entretiennent leurs symptômes à partir d'alimentation anarchique et de paresse physique …

Et on pourrait en dire autant des candidats à l'hypertension artérielle ,tremblant dans la perspective de l'AVC ou de l'impotence vasculaire , alors qu'ils pourraient , qu'ils devraient savoir qu'une surveillance de leur surpoids les allègerait de leur fardeau d'anxiété ..

Ce qui manque,ce n'est ni le médicament adapté ,ni le régime prescrit , mais la prise en charge de soi par soi qui n'a rien à voir avec la feuille de soins de l'assurance maladie,bien au contraire .J

Je sais que je ne vais pas faire plaisir ,mais je prétend que la décharge financière constitue un obstacle à la prise en charge par le patient du « soin de soi » .

Mais j'en viens au domaine qui m'est familier ,c'est à dire à celui des psychothérapies ,de quelque nature qu'elle soit .

Emilie,anxieuse chronique,sujette à des crises de panique ,a entendu dire que la sophrologie pouvait faire des merveilles dans son cas :

Dès lors,et dès la 1ère séance, elle s'allonge paisiblement sur le divan,dans l'attente de la détente annoncée ..

Avec le temps, elle prendra même l'habitude de s'endormir à peine arrivée pour ne se réveiller qu'une fois la séance terminée ,ce qu'elle repère au fait qu'elle ne m'entend plus ..

sauf qu'à la longue ,elle se plaint de ne pas obtenir les résultats attendus .

J'ai beau expliquer qu'il ne s'agit pas d'une cure de sommeil et que le « lâcher-prise «  doit s'accompagner d'une certaine prise de conscience corporelle ,

qu'il s'agit d'un apprentissage qui demande en tant que tel une certaine régularité dans le respect des rendez-vous,

voire un entraînement personnel pour lequel je suis ai remis une cassette enregistrée ,

On dirait qu'elle attend que tout se fasse sans elle ,voire à son insu ..

Je la devine tentée par l'hypnose ,dans l'illusion qu'elle a que tout se fera « sans elle ».

Voici Bertrand,le procrastinateur ,handicapé dans sa vie professionnelle et ce qu'il considère comme sa vocation d'écrivain par cette tendance qu'il a de toujours remettre au lendemain ..nous connaissons la suite .

Ici, c'est l'approche comportementaliste qui s'impose :

Je lui ai donc remis un cahier d'exercices ,qui doit lui permettre de s'entraîner progressivement à ne pas se laisser distraire par des tâches périphériques au détriment de « ce qui compte vraiment pour lui » au point qu'il refuse de s'y exposer .

Mais je dois m'attendre en retour à l'exposé des bonnes raisons qui ont fait que « ce n'était pas le bon moment » et que,la prochaine fois peut-être …

Enfin, Karim,mon cas le plus difficile,l'éternelle victime , qui va d'échec en échec ,tant dans la vie professionnelle que sentimentale , refusant de voir la part qu'il a dans la débâcle annoncée puisque ce sont les autres , et toujours les autres ,qui en seront responsables .

J'ai beau ,à l'occasion de chaque catastrophe , démonter le scenario, expliquer qe même si ce n'était pas la même situation, les mêmes personnes, le même enjeu,

il répète ce même processus qui ,après un premier instant d'enthousiasme ,l'amène à percevoir les failles de son interlocuteur, qu'il s'agisse de l'entreprise qui l'a embauché ou de la fille qu'il a rencontrée ,jusqu'à déclarer que tout cela n'en valait même pas la peine et qu'il préfère « laisser tomber ».

Il y a maintenant des années que j'essaie de le préserver de la débâcle qu'il s'annonce ,mais sans obtenir rien d'autre que cet appui inconditionnel qu'il me demande , pour le protéger de la malignité du monde .

Alors,de quelle prise en charge parle-t-on ?

Pas d'une prise en charge financière :

Bien qu'avec peu de « moyens », ils sont prêts les uns et les autres,à se priver parfois du nécessaire pour se payer le « luxe » de leur thérapie ;

Pas non plus de la prise en charge par le thérapeute :

On constate que,dans la plupart des cas,il se sent concerné,au-delà même de ce qu'il devrait .

Il s'agit de la prise en charge de sa thérapie par le patient lui-même , non pas par le patient « tout seul », mais en tant que co-auteur de ce qui est en train de se jouer dans son propre intérêt , qu'il s'agisse d'une thérapie corporelle , comportementaliste ou d'inspiration analytique .

Ce qui fait que malgré une adhésion de principe ,je ne crois pas que la prise en charge des psychothérapies -telle qu'elle s'entend en termes de compensation financière- soit de nature à résoudre cet autre problème que pose le rôle du patient dans l'issue de cet effort en commun qui peut, dans le meilleur des cas, conduire au changement .

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