Le chaînon manquant

 

généraliste en psychothérapie

J'ai devant moi Sarah,en 5ème année de médecine qui prépare son concours de fin de cycle ,terrorisée, non pas à l'idée qu'elle ne pourrait pas « être reçue » -tout le monde l'est-mais dans la perspective de ne pas pouvoir choisir sa place en fonction du classement final .

Quand je lui demande quel serait son choix ,elle peine à me le dire ,sinon que les derniers ou les dernières du classement vont être relégués en médecine générale ,ce qui lui apparaît comme la pire des infamies .

C'est là où je m'étonne , car j'ai le plus grand respect pour les médecins généralistes ,considérant qu'ils constituent le pilier même de la pratique médicale et que c'est grâce à leur compétence et à l'écoute qu'ils ont su garder de leurs patients que nous avons pu jusqu'ici nous préserver des délires de l'hyperspécialisation ..

C'est alors qu'il me vient à l'esprit , que ce qui nous manque à nous les psy,c'est ce relais qui permettrait d'éviter à nos patients de se perdre dans l'éventail des thérapies et à leurs thérapeutes de recevoir des demandes manifestement inappropriées .

Oublions les propositions fantaisistes ,générées par des formations approximatives et qui ne doivent leur succès qu'à leur approche marketing .

Il reste que pour être très clair et pour rester dans le cadre de ce que nous pourrions appeler les troubles psychiques , nos malades -ou présumés tels-se retrouvent devant les choix suivants :

-ou ils sont atteints de problèmes psychiatriques ,relevant de psychoses ,telles la schizophrénie ou la maladie bipolaire

voire de déficiences liées à l'âge ou à une faiblesse organique ,telle la maladie d'Altzheimer ou la maladie de Parkinson,

et dès lors , c'est au psychiatre qu'il appartient de les prendre en charge, avec l'arsenal médicamenteux dont il dispose

-ou ils entrent dans la catégorie des troubles névrotiques ,générés essentiellement par une composante anxieuse qui relève de l'histoire infantile,

et ce sont les psys « de la parole » ,des psychanalyses pures et dures jusqu'aux psychothérapies dites d'inspiration analytique qui vont pouvoir les aider

-ou ils ont été l'objet de traumatismes ou d'accidents de vie qui ont bouleversé leur équilibre psychique avec production de phobies , de tocs et d'obsessions ,qui vont pouvoir être réduits par des processus de l'ordre du déconditionnement ,tels qu'ils sont pratiqués dans les thérapies comportementales ou cognitivo-comportementalistes .

J'ai essayé de faire simple ,mais on comprend d'ores et déjà qu'il s'agit d'approches qui ont peu à voir les unes avec les autres :

Comment pourrait-on concevoir que le même patient puisse faire l'objet d'un traitement par antidépresseurs ,neuroleptiques ou tranquillisants ,ou bien d'une analyse qui l'invite à revenir sur son histoire infantile, ou encore d'exercices l'invitant à se débarrasser de ses tocs et pratiques obsessionnelles ?

J'ai l'air de plaisanter, et c'est pourtant ce qui se passe dans la plupart des cas …

tout simplement parce qu'on lui a conseillé de «  consulter » sans lui préciser pourquoi et qui consulter ,de sorte que nous allons nous retrouver pêle-mêle ,devant des hypocondriaques justiciables d'une thérapie psycho-corporelle , de tenants d'une thérapie familiale ,ou de phobiques sociaux qui trouveraient leur place dans des groupes de paroles .

Que de places, de temps et d'énergie perdus !

Il aurait suffi d'un vrai diagnostic ,établi au départ ,avec le temps et l'écoute nécessaires pour éviter les erreurs d'aiguillage ..et par des professionnels qui aient une formation suffisamment étendue pour dominer l'ensemble des « spécialités » offertes.

Ces gens-là existent: ils ont fait un véritable cursus en psychologie (formation universitaire ou hospitalière ) ,et ne sortent pas d'un quelconque institut en cours du soir ou fin de semaine ,persuadés qu' hors de cette pratique à laquelle ils ont été initiés, point de salut , et que par contre,elle peut s'appliquer à tout un chacun .

Ce sont ceux auxquels je pense quand j'imagine ce « chaînon manquant » qui pourrait donner lieu à une génération de généralistes en psychothérapie capables d'éviter les erreurs d'aiguillage ,les pertes de temps et d'énergie dont celle-ci souffre encore trop souvent à l'heure actuelle .

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