Le choix du métier

Le choix du métier

Pourquoi c'est devenu si difficile ..

On connait la chanson:

 « On ne choisit pas ses parents,on ne choisit pas sa famille »

Eh bien aujourd'hui,on ne choisit pas non plus son métier:c'est du moins ce dont se plaignent un certain nombre de nos patients ,non pas parce que ce serait un choix imposé:c'est tout le contraire .

C'est parce qu'on a de moins en moins de raisons de faire un choix plutôt qu'un autre .

A ce qui peut apparaître comme une nouvelle « maladie de société »,plusieurs explications :

Premier niveau:pourquoi suis-je « fait »,

ou le rôle de la tradition

Il n'y a pas si longtemps encore, on devenait médecin parce qu'issu d'une famille de médecins ou avocat parce que représentant une « lignée » d'avocats ,ou enseignant parce qu'imprégné de cet esprit 3ème république qui avait été si longtemps facteur de promotion sociale et intellectuelle .

Aujourd'hui, ce serait presque l'inverse ,sauf dans un certain secteur de l'artisanat qui rejoint le domaine de l'art et du travail bien fait .

Pour l'essentiel, et dans la grande majorité des cas , et notamment parce que les relations à l'intérieur de la famille se sont modifiées,on a pu parler d'un refus de la transmission :

tout plutôt que ce qu'auraient pu m'enseigner mes parents .

Restait l'autre facteur de choix,à savoir l'école :

Si ce n'est que par une espèce de perversion interne,l'école ou plus exactement le système scolaire allait devenir progressivement un processus de sélection « à rebours »

-Vous n'étiez pas « bon en math » et donc vous alliez vous trouver exclu de toutes les filières scientifiques-ne serait -ce que parce que la mode des tests vous aurait qualifié de « dyscalculique... » ?

-Vous avez été orienté vers un bac « pro » qui ne vous convenait pas davantage compte tenu de votre maladresse dans la manipulation des objets ..

Bref,on ne trouvait votre place nulle part ,sinon dans ces filières « générales » qui,

n'interdisant rien,pouvaient ouvrir à tout .

..d'où ce constat qu'aujourd'hui ,accueillant nos patients dans la trentaine , nous avons fort à parier que la plupart soient ...informaticiens ?

Autrement dit , un choix par défaut ..

Je n'ai pas choisi parce que je le voulais .

J'ai choisi parce que c'était la seule voie qui ne m'était pas « fermée » ..

J'ai choisi parce que c'était une voie « d'avenir » ...

Deuxième niveau : Pourquoi un métier plutôt qu'un autre ?

alors que les métiers ,plus ou moins, se ressemblent :

Qu'on œuvre dans le domaine de la vente, de l'immobilier ou des Telecom ,

on a vite fait de comprendre que les appellations « superlatives »telles que chef de projet, conseiller de clientèle ou même manager, ne sont là que pour compenser la monotonie de la tâche et l'absence d'initiative qu'elle implique .

Et les N+1+2 et ce qui s'en suit n'y vont pas changer grand chose...

Ce n'est donc pas l'ambition qui va constituer un moteur de motivation, car on aura bien compris, dans la plupart des cas ,que l'intérêt de l'entreprise est de vous laisser

en quelque sorte à votre place .

3ème niveau: Alors: En fonction de quel critère ?

Dès lors,l'individu qu'on a appelé « hypermoderne » va se trouver complètement coincé :

Puisqu'on ne choisit plus en fonction d'une filiation,même inconsciente

Puisqu'on ne choisit pas en fonction d'une formation reçue

Puisqu'on choisit-encore moins-en fonction d'une possibilité d'agir

que reste-t-il ?

Sinon le niveau zero du choix professionnel :

à savoir le rapport qualité-prix :

travailler moins pour gagner plus

ou bénéficier d'un meilleur confort pour soi et sa famille .

C'est à cette équation que se choisit aujourd'hui le métier que dans le pire des cas ,à moins qu'on l'abandonne en route ,on va poursuivre jusqu'à la retraite et c'est la raison pour laquelle, dans la plupart du cas, on ne peut l'associer à un « choix de vie » , du moins de vie « personnelle » .

Alors choisir son métier ou choisir sa vie ?

En fait ,il semble qu'on se soit trompé depuis longtemps :

-Après l'époque où l'on ne choisissait pas son métier ,

puisque c'est lui qui nous définissait

-est venue cette phase intermédiaire on l'on pouvait avoir l'illusion qu'en choisissant son m étier, on se choisissait soi-même ,

-jusqu'à cette impasse où nous nous trouvons aujourd'hui où même en ayant l' impression d'avoir choisi un métier, nous gardons le sentiment de nous être échappés à nous-même

il nous apparaît désormais que le métier ne serait qu'une phase transitoire par laquelle, à une certaine époque, l'individu aurait pu se définir à travers sa fonction .

Cette période n'a peut-être pas été inutile ,tant que chaque « métier » impliquait un savoir faire , des valeurs ,une perspective de promotion individuelle ,

mais il faut bien convenir qu'elle perd de son intérêt à partir du moment où toutes les entreprises se ressemblent ,quel que soit le type de hiérarchie auquel elles se réfèrent ,la stratégie marketing qu'elles s'imposent , leur niveau d'internationalisation et d'inféodalisation au pouvoir bancaire ,leur adhésion aux réseaux sociaux .

Alors ,reste l'option :

insertion dans l'entreprise

ou revendication de l'initiative individuelle ?

Mais ne soyons pas dupes :

quelle est la start-up,même la plus créative soit-elle, qui peut vivre sans ses sponsors ,

voire l'artiste, aussi génial soit-il, qui puisse se passer de ces rampes de lancement que constituent la publicité et la promotion médiatique ?

D'où il ressort que si nous voulons « vivre notre vie »

autrement dit, donner une raison d'être à ces quelque vingtaines d'années qui constituent notre existence terrestre

il ne s'agit pas de se demander ce « pourquoi on est fait »

-seuls , quelques chanceux,voire malchanceux pourront le découvrir -

mais de savoir quel « sens » on pourrait donner à cette vie-là,

car -encore une fois-il ne nous est pas « dicté » d'avance .

Dès lors,le problème n'est plus tant de choisir un « métier » qui nous permettrait de nous définir dans la banalité ambiante ,mais de concevoir un choix de vie qui nous permettrait de nous y reconnaître ,quel qu'il soit ..Et ceci est d'une toute autre exigence .

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