Le droit d’agression

 

Décidément, les gilets jaunes ont fait des émules ...

Nous sommes pourtant dans le 5ème arrondissement de Paris , réputé « bon chic, bon genre  » et dans le cadre d'un pressing, lieu paisible et discret s'il en est.

Survient une dame rouge et échevelée, pesant environ 3 fois mon poids, venue récupérer les chemises de son mari.

Le problème est qu'elle a « perdu son ticket ».

Or, l'employé d'origine plus ou moins indonésienne, sans que je puisse en préciser la provenance, est à la fois courtois et rigoureux :

« Pas de ticket , pas de chemises.. »

« Mais puisque je vous dis que ce sont les chemises de mon mari.

Je les connais bien,tout de même » 

Et de me prendre à témoin :

« Comment vous faites,vous , quand vous avez perdu votre ticket ? »

D'abord,je n'ai pas de mari , ce qui simplifie la question

Et puis,j'ai une carte du magasin, ce qui fait qu'on peut retrouver ma trace ,même si j'ai perdu mon ticket …

Apparemment ,ma réponse ne lui convient pas ,car elle se tourne vers un nouvel

arrivant qui ,du haut de son 1m,80 ,va essayer de lui expliquer que,non, elle n'a pas raison, qu'il y a des règles et que l'employé derrière son comptoir est chargé de les faire respecter …

Folle de rage,elle décide donc de passer « en force » et se précipite vers le tourniquet sur lequel défilent les vêtements et où elle a reconnu « les chemises de son mari ».

Naturellement , l'employé s'efforce de lui faire barrage ,mais,comme il ne fait pas le poids (il est plutôt du genre malnutri ,voire filiforme),il reçoit 2 baffes magistrales en pleine figure

..ce qui n'empêche pas la grosse dame de continuer à vitupérer ,essayant de nous convaincre que c'est elle qui a été agressée et que même sure de son bon droit ,

elle est convaincue que c'est « le fait qu'elle soit une femme » qui nous a empêchés de prendre son parti ,

et que par conséquent,elle se sent légitime à appeler la police ..

On n'appelle pas la police ,mais rendez-vous est pris pour le lendemain matin ,

en présence du responsable de la société ,de l'employé et des deux clients présents pendant l'altercation (dont je suis),appelés à servir de témoins...

J'ai passé une partie de l'après-midi à me demander si une telle scène entre une « bourgeoise » du quartier et un employé « modèle » aurait pu avoir lieu et avec la même violence ,il y a ,disons, une année de cela.

Je retiens en particulier l'importance des termes :

« C'est lui qui m'a agressée...C'est vous qui m'avez agressé .. » à la recherche

de l'élément déclencheur ,comme dans les manifestations de rues où l'on se demande si ce sont les émeutiers ou les forces de l'ordre qui ont « tiré les premiers »

mais surtout cette facilité de passer à la violence physique chez des gens qui a priori n'y sont pas préparés:

Je pense à cette « bonne dame »,imbue de son bon droit, qui n'a pas dû être élevée dans la perspective d'une bagarre de quartier

mais aussi à ce jeune migrant qui, malgré, je pense, l'envie qu'il en ait , n'a pas pu répondre , non seulement parce qu'il se trouvait dans l'exercice de son métier

mais parce qu'il ne pouvait pas ne pas ressentir la dimension raciste contenue dans la provocation .

L'agression,en fin de compte ,c'est le fait de frapper le premier ,et dès lors de se présenter comme la victime,donc l'ayant-droit ,avec tous les moyens qu'autorise sa défense .

Et peu importe de quel côté on se trouve ...

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