LE RETOUR DU REFOULE

Elle n’a pas bonne mine, aujourd’hui, Clémentine

Elle sert ses épaules dans son châle et pleure dans ses yeux.

Il y a longtemps que je ne l’avais vue en si piteux état .

Son discours n’est pas plus réconfortant ,encore que j’ai du mal à en rétablir la cohérence .

La 1ère séquence se rapporte à un imbroglio professionnel dont il ressort qu’elle n’aurait pas su apporter à une collègue la réassurance que celle-ci paraissait attendre..

La 2ème séquence concerne une conversation téléphonique avortée avec sa mère qui paraissait attendre d’elle une solution à un problème de téléphone portable qu’elle avait été incapable de lui donner .

La 3ème séquence nous renvoie à cette situation inconfortable vis-à-vis de son ex -copain qui continue d’habiter chez elle malgré ce qu’elle lui a signifié du fait qu’elle « n’avait plus de sentiments pour lui ».

Si j’essaie de trouver un lien à peu près cohérent à travers tous ces épisodes -au demeurant mineurs -je retrouve cette crainte de n’être pas, de ne pas avoir été « aimée pour elle-même »,malgré tous les efforts qu’elle a pu faire en ce sens .

Parmi tous les dégâts que nous pouvons observer, nous « psy »,de cette stratégie du confinement à tous prix en tant que système de punition manipulable à merci, il y a toujours ce sentiment de ne plus pouvoir « gérer son existence » ,dominés que nous sommes par nos émotions et cette impression qui fait que passé et présent se confondent ,étant entendu que de futur, il n’y a plus …

D’où un certain nombre de symptômes qu’il est difficile d’imputer au seul coronavirus, au sens médical du terme :

-Une impression de confusion quant au contenu de nos journées ,à la manière dont elles ont été employées ..ou pas, l’oubli de ce qu’on a fait ou de ce qu’on aurait dû faire, à la manière dont nous envisagions il n’y a pas si longtemps la mort lente des malades atteints d’Alzheimer, dans la torpeur des EHPAD.

-Des troubles du sommeil qui peuvent nous tenir éveillés aux heures « dures » de la nuit ,entre 3 heures et 5 heures du matin,.. avec ce même sentiment de voir défiler en accéléré les moments-clés de notre vie ,comme il est dit dans l’attente d’une mort prochaine .

-avec en arrière-plan, la conviction d’avoir des comptes à rendre , la culpabilité de se sentir coupable de ce que désormais on ne pourra plus réparer .

C’est ce que j’entends Clémentine me rapporter de son enfance mal-aimée ,de ses parents qui ne « s’entendaient pas »et de la conviction qu’ils lui avaient laissée qu’elle « ne ferait jamais rien de sa vie » .

Ces thèmes ne nous sont pas étrangers :voici 3 années que nous les abordons chaque semaine , dans nos séances de psychothérapie ,conscientes l’une et l’autre, et de la façon dont cette histoire avait pu influencer le présent ,mais aussi de la perspective qu’elle nous offrait de pouvoir «  les choses » .

C’est ce que nous appelons en psychanalyse le « retour du refoulé »

.Le problème est que ce « retour du refoulé » que nous observons à travers les lapsus, les actes manqués, l’interprétation des rêves ,un certain nombre de symptômes pathologiques ,se présente à la fois comme la meilleure et la pire des choses :

-la meilleure, en ce qu’il nous permet de nous comprendre à un autre niveau que celui auquel nous avons accès habituellement

-la pire, si nous y restons rivés avec un sentiment de fatalisme qui nous mène tout droit à la dépression ou à la névrose .

La différence tient essentiellement à la façon dont nous serons accompagnés car, encore une fois, ce genre de concept se prête mal à la vulgarisation :C’est un concept psychanalytique et qui n’a d’intérêt qu’à l’intérieur d’une interprétation , voire d’un traitement analytique .

C’est pourquoi je ne peux qu’engager -dans ces temps de solitude et de confinement que nous vivons, ceux de nos patients qui se sentent atteints de mal à vivre ,du désir de tout reprendre sans savoir comment ou de la tentation de renoncer , à se faire aider ,tout simplement, par des professionnels capables d’interpréter l’émergence de ce « refoulé »,de manière à en faire un agent de reconstruction, et non de désolation.

L’histoire nous a montré que c’est souvent-contrairement aux idées reçues- dans ces temps de désastre collectif et individuel que la psychanalyse a pu donner le meilleur d’elle-même.. à condition de l’associer à cette vertu sans laquelle rien ne peut être tenté et qui s’appelle le courage .

Michèle Declerck psychanalyste 06 03 55 92 94 ou sur Doctolib

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