Le salaire de la peur

J’avoue avoir eu quelque difficulté à choisir un titre à cette chronique d’automne qui devait marquer la rentrée des classes et, comme chaque année, la «vraie» reprise».

Le problème restait que dans ce no man’s land où nous mijotions depuis des mois , toute initiative nous étant interdite , nous n’avions rien d’autre à faire qu’à attendre la parole du chef à l’heure à laquelle il aurait décidé de nous la livrer.

«En attendant Godot» me paraissait donc la référence appropriée …

Si ce n’est que les événements devaient en décider autrement .

Au début, les choses semblaient claires:

Les« hautes autorités médicales»ayant décrété que les enfants et eux seuls restaient hors d’atteinte du coronavirus ,rien ne s’opposait à un retour massif sur le chemin de l’école , ce qui du même coup ,libérait les parents pour d’autres activités .

D’ailleurs, toutes les mesures avaient été prises pour les rassurer:

On avait calculé au plus juste la distance entre les tables, répété les gestes barrières et entraîné les enseignants à la langue des signes

sauf que rien ne s’était passé comme prévu…

On avait à peine fini de rapatrier les dossiers oubliés que le COVID se manifestait à nouveau.

Des nouvelles inquiétantes parvenaient d’un village perdu de l’Ardèche ou d’un collège ignoré de l’Aveyron signalant qu’un élève (ou un enseignant )avait été «détecté positif».

Branlebas de combat:fermeture de l’établissement, renvoi des enfants à domicile avec obligation d’y rester jusqu’à nouvel ordre .

Quant aux medias, dont le rôle consiste , comme on sait à répandre la terreur, ils ne s’étaient pas privés d’annoncer la reprise de l’épidémie ,mais cette fois, dans l’autre sens: des enfants vers les adultes ,le remède restant identique:

«Restez chez vous, et surtout, n’en bougez surtout pas..»

On avait l’habitude, d’autant que, chaque jour, les stations de radio et de télévision vous administraient les statistiques des nouveaux cas et des départements récemment touchés .

Dès lors, les parents qui ne demandaient que cet encouragement reprenaient leurs petits à la maison, le télétravail et la surveillance des devoirs .

Le problème est que les temps avaient changé:

Les entreprises avaient fait leurs comptes ,constaté que ce télétravail ne couvrait pas des activités essentielles et que payé au prix fort, il comportait plus d’inconvénients que d’avantages .

Dès lors, elles rechignaient à pérenniser le système, tandis que les salariés se voyaient contraints de choisir entre reprendre le chemin du bureau et risquer de voir leur salaire se réduire, voire leur position menacée …

Par ailleurs ,la surveillance des devoirs à domicile s’était en quelque sorte professionnalisée et la présence des parents ne s’avérait plus tellement nécessaire …

Qu’à cela ne tienne …Monsieur «Réponse à tout»,comme on en trouve dans tous les cabinets ministériels avait déjà la solution:

Cela s’appelait «le salaire intégral» autrement dit, la garantie de toucher l’intégralité de celui-ci, même si l’on choisissait de rester à la maison .

Autrement dit, pas de raison de se faire peur ..Vous serez payé pour cela.

Le salaire de la peur, en quelque sorte…

C’est alors que me revient à l’esprit ce très beau film des années 50 produit par Henri-Georges Clouzot ,avec Charles Vanel et Yves Montand où l'on voit quatre hommes s'élancer au volant d'un camion chargé de nitroglycérine à travers 500 kilomètres de routes défoncées au risque de se faire exploser à chaque cahot du chemin .L'appât :un salaire mirobolant qui doit leur permettre de quitter le village d'Amérique Centrale où la vie les a fait échouer..

D'où le titre que j'ai finalement choisi pour cet article .

A priori, vous ne verrez pas le rapport,et pourtant il existe:

être payé pour oublier sa peur ..

l'autre constante étant que dans un cas comme dans l'autre , les bénéficiaires ne se demandent pas qui va payer et pourquoi .

J'ai cependant lu dans un quelconque journal qu'un certain nombre de Français peut-être plus responsables que d'autres,sans doute en charge d'entreprises, se sont mis spontanément à faire des économies en prévision du supplément des impôts qu'ils auraient à payer un jour …

Car ça ne marchera pas toujours, le salaire de la peur: il y faut de grandes peurs ,l'abandon de sa liberté personnelle et le coronavirus ne remplira pas toujours cet office....

Contacts:

Michèle Declerck 06 03 55 92 94

Ou micheledeclerck@gmail.com

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