Les états-limites ou les limites de la psychothérapie .

 

Un personnage déroutant…

On l’ a bien compris :

Le cas-limite est un personnage qui nous interpelle,

dans la mesure où nous ne savons pas où le situer .

 

  1. I) Le premier abord ou le diagnostic

Différents cas de figures :

Voici un thérapeute désarmé

On vient de lui exposer  un cas de dépression dans lequel il lui parait difficile d’identifier une dépression réactionnelle-donc névrotique –explicable par des événements de vie par rapport à une dépression essentielle, dite « anaclitique  et qui impressionne la personnalité toute entière .

Mais sur un autre versant , il va se trouver face à des personnalités paranoïaques ,avec une dimension persécutive  ,qui pourraient s’apparenter à des névroses de caractère jusqu’au moment où vous vous apercevez qu’’il s’agit d’autre chose .

C’est alors que se pose ce choix a priori impossible :

Psychose ou névrose ?

Vous avez en face de vous un individu a priori  « normal »

même si présumé névrotique

..capable de poursuivre avec vous une conversation tout à fait sensée à propos du film que vous lui aviez conseillé ,ou d’un livre que vous lui aviez prêté ,

au point que vous avez l’impression d’avoir en face de vous un interlocuteur comme un autre ,voire plus pertinent qu’un autre ….

jusqu’au moment où « ça déraille » :

-Dans le 1er cas ,vous pouvez penser avoir affaire à une série de dépressions réactionnelles liées à des incidents de vie, jusqu’au moment où vous devez constater que la répétition de ces états dépressifs ,notamment à travers les tentatives de suicide , se réfère à une angoisse fondamentale fondée sur l’absence d’objet, la dépression traduisant l’effondrement narcissique lié à la perte d’un objet qui n’existe que dans un imaginaire idéalisé.

Dans l’ autre cas, mais tout aussi pertinent face au sujet qui nous occupe , nous aurons affaire à un patient de type paranoïaque ,redresseur de torts ,persuadé qu’il a raison contre tous  jusqu’à ce qu’il il s’effondre en larmes :

« Je suis tout seul.. .

oubliant qu’il ne fait jamais un pas vers les autres, et qu’il a coupé son téléphone depuis 6 mois « pour qu’on le laisse tranquille » .

Il en vient alors à ses ennuis professionnels , oscillant sans cesse entre la crainte d’être licencié et le désir d’aller voir ailleurs ,où l’herbe lui parait nécessairement plus verte .

Lui, ce qu’il veut, c’est être  apprécié , apprécié dans ses compétences ,au point que  tout signe en sens inverse se traduit par un effondrement.

Alors que vient-il faire chez vous , ce patient-là ,avec ses accidents de vie  et ses troubles caractériels qui font que tout va à l’envers et qu’il semble une fois pour toutes - c’est du moins ce qu’il en a retenu, voué à vie de malheur :

A priori, il n’est pas de votre ressort, si ce n’est qu’il n’a pas trouvé de secours « ailleurs »

Et pourtant , ce n’est pas faute d’avoir cherché :

De retraite bouddhiste  en stage de méditation ,il a déjà inventorié  tout ce qui pourrait l’aider ,l’aider à se sentir plus « normal », à se débarrasser de cette « barre dans la tête » qui fait qu’il se trouve  tout soudain incapable de penser, de se concentrer, d’être avec les autres, tout simplement .

  1. II) La difficulté théorique

Il faut reconnaître qu’à cette errance thérapeutique ,l’un comme l’autre ont quelque excuse :

1°-La psychiatrie classique , après avoir associé ces cas-limites à une sorte de catégorie « fourre-tout » évoluant entre névrose et psychose ,a bien   fini par reconnaître qu’il s’agissait d’une 3ème catégorie de troubles psychiatriques répertoriée comme « troubles graves de la personnalité » et qui méritait qu’on s’y intéresse en tant que telle .

Pour autant ,elle ne parait pas disposer, dans son arsenal thérapeutique, de protocole ,voire de traitement adapté .

-2°La psychanalyse se trouvait aux prises avec une difficulté particulière ,du fait qu’elle avait toujours pris soin de distinguer névrose et psychose :

Cf. le propos de Freud  et l’exemple du cristal de roche :

La ligne de rupture est soit du côté de la névrose, soit du côté de la psychose,

il n’y aurait pas de « passage » de l’un à l’autre .

D’où cette incapacité  d’imaginer une catégorie de troubles qui puissent participer à la fois de la névrose et de la psychose .

Cf. les explications plus ou moins embarrassées de Bergeret : « une ligne de crête sur laquelle chemineraient ces patients ,entre névrose et psychose . »

 

3° Une tentative d’explication : «  un Moi lacunaire »

 

Ce qui nous ramène au rôle de l’Œdipe et donc de l’histoire infantile .

Le « borderline »semble être  arrivé à ce stade où il aurait pu affronter l’étape du complexe d’Œdipe ,

si ce n’est que par l’effet de ce que nous avons appeler le « trauma désorganisateur précoce » ,

il n’ a pu « passer » cette épreuve .

Et c’est le lieu de se rappeler que l’Œdipe n’est pas, comme on le représente parfois ,le lieu de papa, maman et moi

mais surtout l’endroit où va se constituer la représentation objectale ,

à savoir la distance à l’autre,

la bonne distance à l’autre ,

ni trop loin, ni trop près .

 

Le problème du cas-limite tient dans cette impossibilité de se situer par rapport à l’autre :

-soit qu’il s’identifie avec lui, jusqu’à comprendre qu’il n’est pas cet autre-là d’où cette  Interprétation abandonniste 

 -soit que cet autre lui reste radicalement « étranger » ,avec tout ce qu’il peut comporter de persécutif .

D’où il ressort que le problème essentiel du cas-limite est bien le rapport à l’autre,

et donc sa difficulté par rapport à une éventuelle insertion sociale

L’explication va donc être recherchée du côté du complexe d’Œdipe comme constitutif du MOI :

Puisque c’est à cet endroit-dans la théorie classique –que va se décider le sort entre névrose et psychose,

C’est peut-être aussi à cet endroit qu’on va pouvoir observer des signes de divergence .

1° D’où ce concept de » trouble désorganisateur précoce «  ,

soit un traumatisme  , survenu dans la petite enfance ,généralement à base d’abandon ou de menace d’abandon, qui aurait empêché le sujet d’accéder à un Moi constitué :

C’est ce qu’on appelle un Moi « troué » ou Moi lacunaire qui ferait que pour une certaine partie du Moi- et nous verrons qu’elle conditionne le rapport à l’autre , le sujet ne peut se comporter comme un Moi « constitué » .

2°Pour autant ,il semble que ,pour qu’on puisse parler d’ « état-limite » , il faille qu’un second trouble désorganisateur « tardif »,dans l’adolescence ou à l’âge adulte ,soit  venu ébranler  un organisme fragilisé par le premier traumatisme et , dès lors ,l’aurait inscrit dans cet espèce d’ébranlement permanent qui caractérise les états-limites .

3°Le problème reste que là encore , même si on a « compris » ,l’on se trouve relativement démuni quant aux possibilités de réparation .

La seule intervention ne pourrait être que préventive ,et dès lors, elle appartient au domaine psychosocial , tant il paraît évident que la recrudescence de ces « troubles graves de la personnalité » est liée aux conditions de vie et de développement des enfants dans les milieux défavorisés.

III)Ne pas confondre

Une difficulté supplémentaire vient du fait qu’aujourd’hui, et du fait de la vulgarisation médiatique ,

on ne sait plus à quoi ou à qui on a affaire .

En particulier ,il s’agit de ne pas confondre les cas-limites

qui sont des troubles de la personnalité

avec le trouble bi-polaire ,sorte de » phénomène de mode »

au point que nous avons aujourd’hui des patients qui se présentent d’emblée avec ce diagnostic, voire :« je suis bipolaire ,version dépressive » .

Rien de commun :

Le trouble bipolaire est une pathologie de l’humeur ,

Celle-ci pouvant passer de l’humeur dépressive à l’euphorie maniaque :

Pour autant ,la conscience d’être soi  n’est pas affectée pour autant .

C’est la perception de la situation qui a changé.

Le cas-limite est un trouble de la personnalité

C’est la conscience d’être soi qui est mise en doute ,

et notamment dans son rapport à l’autre .

Il faut bien comprendre –et c’est en ce sens qu’il s’agit d’un état-limite ,

que le « borderline » ne sait pas « qui il est »

et notamment qui il est dans son rapport à l’autre .

ce qui nous ramène à la genèse du cas-limite .

Ce qui nous ramène au rôle de l’Œdipe et donc de l’histoire infantile .

Le « borderline » est arrivé à ce stade où il aurait pu affronter l’étape du complexe d’Œdipe ,

si ce n’est que par l’effet de ce que nous avons appeler le « trauma désorganisateur précoce » ,

il n’ a pu « passer » cette épreuve .

Et c’est le lieu de se rappeler que l’Œdipe n’est pas, comme on le représente parfois ,le lieu de papa, maman et moi

mais surtout l’endroit où va se constituer la représentation objectale ,

à savoir la distance à l’autre,

la bonne distance à l’autre ,

ni trop loin, ni trop près .

 

Le problème du cas-limite tient dans cette impossibilité de se situer par rapport à l’autre :

-soit qu’il s’identifie avec lui, jusqu’à comprendre qu’il n’est pas cet autre-là d’où cette  Interprétation abandonniste 

 -soit que cet autre lui reste radicalement « étranger » ,avec tout ce qu’il peut comporter de persécutif .

D’où il ressort que le problème essentiel du cas-limite est bien le rapport à l’autre,

Et donc sa difficulté par rapport à une éventuelle insertion sociale

 

  1. IV) Alors,que faire ?

1)La première réponse serait qu’il n’y a « plus rien à faire »

 Les jeux sont faits , et on n’y pourra plus changer grand chose .

De surcroît ,il faut bien reconnaître que ce type de patient ne vous laisse pas grand champ de manœuvre, passant sans arrêt de progrès foudroyants aux régressions les plus inattendues , d’un transfert massif et inconditionnel  aux revendications  les plus agressives ;

« Cela fait 5 ans ou 10 ans que je viens vous voir ..

 Et j’en suis toujours au même point… »

Donc, il arrive un moment où vous n’en pouvez plus , où vous sentez retomber sur vous ce rocher de Sisyphe qu’un jour ou l’autre ,vous n’aurez plus la force de soulever

2)C’est là que la question se pose

 N’avez-vous pas présumé de vos forces en prenant en charge ce patient impossible que tout autre thérapeute aurait abandonné ?

Si vous êtes sophrologue ou « simplement » sophrologue , sans vouloir donner à cette restriction rien de péjoratif , sûrement : car vous risquez de tomber dans le piège du compassionnel sans mesurer ce qu’il y a derrière de tendance à la répétition, mais aussi de manipulation affective .

3)Si vous êtes sophrologue doublé d’un thérapeute –ce qui me paraît la définition même du « sophrothérapeute », la situation peut vous apparaître différemment :

Aussi difficile qu’il soit , ce patient-là se présente comme un individu en souffrance ,qui attend de vous que vous fassiez tout ce qui est en votre pouvoir pour l’aider à « s’en sortir » (plus ou moins )

Et il est vrai qu’à l’expérience ,et après réflexion ,une voie reste ouverte :

 Partant de ce constat que votre  « cas-limite » souffre essentiellement d’un Moi défaillant , ce qu’on appelle un moi « lacunaire » ,vous pouvez vous constituer comme une sorte de Moi auxiliaire qui s’appuierait sur la partie saine de sa personnalité ,car il y en a une :il n’est ni débile ,ni dépourvu de valeurs -pour lui assurer au moins une certaine  assise de comportement .

C’est ce que personnellement j’ai expérimenté avec ce type de patients :

Dans un premier temps, il s’agit de lui « tenir la tête hors de l’eau » ,

:faire en sorte qu’il ne perde pas son job , ne se livre pas à des spéculations illégales , ou ne se perde pas dans des désastres sentimentaux .

Dans un deuxième temps , et avec un peu de chance il est possible d’aller plus loin : profiter  des moments de calme relatif pour faire alliance avec le côté resté solide de sa personnalité ,revisiter l’histoire passée  et envisager les mesures nécessaires pour qu’il ne soit plus totalement exposé aux débordements de ses émotions et au complexe de répétition .

C’est un long chemin ,semé de récidives ,de régressions  et de tas d’embûches  mais qui vaut la peine d’être tenté ,même s’il est exclu de parler de « guérison ».

Faute de quoi, il y a « non-assistance à personne en danger » et pour le thérapeute , sophro ou non, le sentiment de n’être pas allé au bout de son métier.

 

Ce problème, qu’on conçoit particulièrement délicat, des « cas-limites » va faire l’objet de notre prochain groupe de rencontres, soit samedi 6 mai .

77 rue du Cardinal Lemoine 75005 PARIS  de 15 à 18 heures

(metro Monge ou Cardinal Lemoine)

Il est déjà possible de s’y inscrire et téléphonant au 06 03 55 92 94

Ou sur micheledeclerck @gmail.com

La séance sera confirmée dès que nous aurons atteint le nombre de participants

souhaitable.  Coût de la participation :50 euros

INFOS DERNIERE MINUTE

Notre prochain groupe de rencontres , consacré aux « cas-limites » est programmé pour le 20 mai :

Un sujet d’autant plus important pour le thérapeute qu’il pose le problème de ces patients que nous avons du mal à situer parce que ni névrotiques, ni psychotiques, ils font partie de cette 3 ème catégorie qu’on aurait tort de considérer comme résiduelle et qui constitue « les troubles de la personnalité »

Info pratique

Désormais, nous n’enverrons plus de relance quant à votre présence à ces groupes de rencontres. Il vous appartient donc de vous manifester au plus tard 48 heures avant la date prévue en confirmant votre intention de participation, qui suppose un coût (payable uniquement lors de la séance) de 50 euros.

Nous nous réservons de notre côté la possibilité d’annuler dans le même délai toute séance pour laquelle nous n’aurions pas le nombre de participants convenable

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