Les nettoyeurs de fond

L’aquarium semble désespérément vide …


Pour autant, il n’y a pas si longtemps ,des processions de petits poissons de toutes les couleurs s’y agitaient , témoignant d’une vitalité débordante et d’une volonté délibérée de continuer à y prospérer et s’y reproduire .

Et puis, en l’espace d’une seule nuit ,tout ce monde avait disparu , pour laisser la place à une file de ventres blanchâtres qui se balançaient mollement entre deux eaux ,attendant que je vienne les récupérer pour les enterrer dans le lavabo de la cuisine ..

Une sorte de coronavirus à l’usage des goupies ..

 

Mais, pas plus que face à l’autre pandémie, je n’avais accepté de me résigner .

J’avais à plusieurs reprises changé l’eau de l’aquarium et traversé la moitié de Paris pour renouveler mon contingent de guppies qui, à mon sens et compte tenu de ce que je savais de leur aptitude à la procréation ,ne pourraient tarder à se repeupler .

Mais j’avais dû me résigner : après quelques signes de résurrection , chaque matin retrouvait mon même contingent de poissons morts flottant sur le ventre « Il n’y a plus qu’à jeter tout cela »,avait décidé sans état d’âme l’aquariophile de la rue du Rocher .

C’était vide dit , si ce n’est que mon aquarium n’était pas aussi vide qu’il en avait l’air :

Il y avait toujours , cramponné à la vitre, cette espèce de monstre sombre qui ne ressemblait à rien ,sinon qu’il était devenu énorme depuis quelque 3 ans qu’il habitait là ,sans aucune autre activité que de remuer les mandibules ,indifférent à tout ce qui pouvait se passer par ailleurs .

 

« Il faut me l’apporter » , avait décidé l’aquariophiliste .

C’était vite dit, sinon qu’à mes premiers efforts pour attraper la bête, elle s’était défendue par de violents coups de queue qui m’ont vite fait comprendre que je n’ arriverai pas à m’en emparer .

J’étais déjà prête à renoncer quand un matin , je découvris, fôlatrant autour de la bête ,3 jeunes individus que le manque d’oxygène ne semblait pas affecter et qui ressemblaient trait pour trait à celui-là même qu’on m’avait recommandé à l’origine pour ses vertus de « nettoyeur de fond » et qui d’ailleurs lui ressemblait traits pour traits  ,du moins dans le souvenir que j’en avais gardé , avec cette espèce de crête dressée sur la tête , qui semblait témoigner de leur voracité ..

Il me fallut me rendre à l’évidence :je n’avais plus de poissons exotiques aux couleurs chatoyantes , mais d’affreuses choses sans nom qui allaient continuer à se développer sans autre alternative que de faire un ménage qui n’avait plus d’autre raison d’être que de les nourrir à ne rien faire ..

Mon bon cœur me dit que je ne pouvais pas m’en débarrasser pour autant ,et mon instinct de survie que je n’avais plus qu’à attendre la suite .

J’optai donc pour la position d’observateur qui, dans cette période de confinement , était la seule que je pouvais adopter ..

Et c’est ainsi que, dans la demi-conscience de l’isolement , me parut s’imposer cette petite fable sans prétention dont vous ferez ce que vous voudrez :

Il y avait une fois ,habitués à leur bocal ,une foule d’individus dont on ne savait pas trop ce qu’ils faisaient là, mais qui nageaient en file indienne les uns auprès des autres, vaquant à leurs occupations quand ils n’étaient pas occupés à folâtrer ou à procréer ,mais bien vivants et somme toute contents de l’être .

Et puis était survenue cette drôle de tempête à laquelle ils n’avaient rien compris ,si ce n’est qu’ils étaient disparus, les uns après les autres, comme si la race s’était éteinte ..

Tous, non pas tous ..Il restait cet énorme monstre qui n’avait cessé de grossir en se nourrissant de leurs déchets, et puis maintenant , ses rejetons qui prospéraient à vue d’œil ,en ne faisant pas grand-chose d’autre à leur tour . ..

Ca ne vous rappelle rien ?

Regardez dans votre aquarium .

 

Disparus, les « vivants » , ceux qui prenaient plaisir à vivre ,ou en tous cas qui faisaient « comme si ». On a bien fait semblant de s’en occuper ,mais apparemment, on n’avait rien compris ,ou on ne s’en était pas trop soucié…Pas essentiels, trop futiles, peut-être trop joyeux malgré tout..

Engraissé, le monstre obèse qui passe son temps à se nourrir de la mauvaise nourriture ,occupé à protéger son territoire, assuré qu’il est d’y pouvoir vivre longtemps ,fort comme il est ,avec ses immenses nageoires accrochées aux vitres du bocal et ses énormes coups de queue si on le dérange .

Assurés de leur survie, les débrouillards à la crête arrogante , qui pour l’instant, n’ont pas trop à se soucier de leur bouffe à venir ,se contentant de faire semblant , sous la haute protection du plus fort …auquel ils finiront bien par succéder ,à moins de s’entretuer .

Mon chat qui les regarde , paraît lui-même inquiet .

 

Pouvez-vous nous aider à y voir clair ?

Nouvelle(et dernière ?)enquête

 

1° Pensez-vous qu’en ce début d’année,

nous soyons :

-en train de sortir de la crise du coronavirus

-ou que nous soyons encore « en plein dedans »

Justifiez vos réponses .

 

2° En supposant que nous soyons en train d’en sortir ,

Quelles leçons en tirez-vous ?

-sur le plan personnel

-sur le plan social..

Qu’est-ce qui vous est apparu le plus « pénalisant 3 ?

 

3° Sur le plan personnel,

Avez-vous observé une modification

-sur votre rapport à la consommation ?

-sur votre rapport à la santé

(et notamment à la sphère médicale) ?

 

4°Sur le plan social,

Pensez-vous que cette crise

-ait généré de nouvelles solidarités

-ou au contraire, ait accentué la fracture sociale

En quel sens ?

 

5° Quelles résolutions

Vous apprêtez-vous à en tirer

-sur le plan comportemental

- familial

- professionnel ?

- Autres …

Merci de votre coopération.

N’hésitez pas à introduire d’autres questions .

Envoyez vos commentaires à micheledeclerck@gmail.fr

Nous vous enverrons un compte-rendu de vos réponses.

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