Les thérapies associées

 

Pour ceux et celles qui nous avez suivi jusqu’à maintenant, nous nous étions arrêtés, avec la révolution émotionnelle , sur ce constat que moins que jamais , nos patients pouvaient être considérés comme relevant d’une pathologie particulière qui, comme telle, appelait un traitement lui-même spécifique selon qu’il s’adressait à notre fonctionnement « physiologique  » - et il s’agissait du médicament ,à notre comportement observable -et il y avait lieu de redresser notre manière d’être ,ou encore à ce lieu obscur hérité de notre passé dans lequel on avait reconnu notre Inconscient .

Quoi qu’il en soit, à partir d’un certain diagnostic -et du thérapeute auquel il s’était parfois, au hasard adressé, le patient en question allait se trouver dirigé vers un médecin psychiatre, un psychologue comportementaliste, un psychanalyste freudien ou non, la règle étant qu’il ne fallait pas mélanger les genres, l’infidélité et le vagabondage étant le plus sûr moyen de faire échouer la relation.

Or , ce que nous ont appris les thérapies émotionnelles, c’est que le même patient pouvait avoir besoin d’une approche médicamenteuse ou psycho-corporelle qui lui permette de calmer son anxiété ,d’un entraînement méthodique qui l’amène à changer sa façon d’être vis-à-vis de lui-même et de son entourage ,voire d’une revisitation de son passé qui le conduise à comprendre les étrangetés de sa conduite .

Pour autant, cette nécessité apparente, de compléter l’une par l’autre les différentes approches , devait se heurter à une règle autrement rigide qu’on peut appeler la politique des chapelles, autrement dit que le psychiatre classique se verra obligé de vous prescrire des psychotropes dont on sait que les effets secondaires seront très souvent mal supportés ,qu’il considérera le yoga ou la sophrologie comme des « amusements » , que le comportementaliste n’en jurera que par sa boite d’exercices et que le psychanalyste , du moins dans sa version classique s’en tiendra à l’écoute de l’histoire infantile …

D’où la déception de ces patients, hypocondriaques, phobiques ou en proie à leurs obsessions, qui ne comprennent pas comment ayant suivi religieusement les préceptes des différents thérapeutes rencontrés dans leur parcours, ils en sont « toujours au même point ».

Ce n’est pas que chaque méthode, envisagée séparément, soit inefficace, c’est que peut-être, elle ne s’était pas focalisée « au bon endroit », ou qu’en tous cas , elle méritait d’être complétée par une approche différente .

Je pense à une patiente rencontrée ce matin même.

Au centre du débat, le conflit avec un père paranoïaque qui terrorise toute la famille depuis sa petite enfance et dont elle ne sait trop si elle doit l’admirer ou le détester.

Ici, nous sommes sur le terrain du psychanalyste -le problème étant qu’il ne suffit pas de « savoir » pour réparer et qu’à chaque fois qu’elle entendra la voix de son père au téléphone, Julie sera prise de la même frayeur, assortie de pleurs

et de tremblements qu’elle a connue toute enfant ,et qui l’empêche d’accueillir la même situation avec le calme souhaitable . Il est clair- et nous l’avons expérimenté- qu’une pratique régulière de techniques de relaxation pourrait l’aider à aborder le même coup de fil sans la tornade de stress qu’il déchaîne habituellement.

Pour autant, quelques séances de respiration ne suffiront pas à faire évoluer une situation aussi enkystée dans un réseau de relations familiales où chaque intervention de l’un déclenche la colère ou la détresse de l’autre dans un système parfaitement mis au point.

C’est ici que Julie devra apprendre à s’abstenir de répondre aux provocations d’un père qui lui en veut de sa propre réussite, à ne pas vouloir jouer le rôle de médiateur auprès d’une mère qui, sans qu’elle en soit consciente, a parfaitement adopté son rôle de victime désignée et enfin à considérer qu’il est temps de tourner la page et de se tourner vers ses projets personnels. C’est ici que le secours d’un comportementaliste pourra lui être utile …

Dès lors, si nous en revenons à la question déjà esquissée lors de notre entretien précédent, est-ce qu’il est envisageable de rencontrer ces mêmes services auprès d’un même thérapeute, une sorte de « caméléon » capable de changer de peau en fonction des saisons de la thérapie ? Ce n’est pas interdit, d’autant que certains thérapeutes, dont je suis, se sont déjà préoccupés d’élargir leur champ de compétences en fonction des besoins de leurs « clients »  .

C’est ainsi que de ma formation initiale de psychanalyste, je suis passée aux thérapies corporelles, sachant que tous nos patients n’ont pas « besoin » ou ne sont pas aptes à passer par cette épreuve longue, coûteuse et parfois aléatoire que constitue l’analyse.

Dans les autres cas, et notamment dans le cadre de cabinets de groupes qui se sont passablement développés ces temps derniers, il est tout à fait possible de « passer la main » quand le moment s’en fait sentir …à 2 conditions :

-que l’ensemble de la cure reste sous le « contrôle » de son initiateur, quels que soient les échanges nécessaires

-qu’il ne s’instaure pas à l’intérieur du groupe une sorte de hiérarchie non-exprimée qui fasse que les uns puissent apparaître à leurs propres yeux et à ceux du patient comme des praticiens de 2ème ordre. 

Ces choses-là sont en train de s’installer, et plus facilement encore dans le secteur privé que dans le secteur hospitalier, dans la mesure où celui-ci reste tributaire et sans doute pour un temps encore, de sa rigidité hiérarchique.

Il demeure un problème majeur qui fait qu’en dehors de toute technicité, l’issue de la cure et son déroulement vont dépendre de facteurs parfois impondérables qui mettent en cause le rapport entre le patient et tel thérapeute, quel que soit le rôle que celui-ci ait joué dans le schéma thérapeutique.

Autrement dit, il est possible que le phénomène bien connu du transfert et du contre-transfert ait joué un rôle majeur là où on l’attendait le moins.

Imaginons par exemple que dans un schéma thérapeutique où il était prévu d’associer une technique psycho-corporelle, un traitement de type comportemental et une investigation analytique, ce soit le « comportementaliste » qui se soit trouvé investi, pour des raisons diverses, du rôle de leader effectif et que ce soit par conséquent à travers lui que se soient jouées les turbulences du transfert et du contre-transfert.

Est-ce que cette circonstance ne serait pas de nature à remettre en cause l’issue de la cure et la compréhension qu’on peut en avoir a posteriori ?

Mais après tout, le dommage ne serait pas bien grand, si l’on en revient à la leçon que sont venues nous apporter les « thérapies associées » :

Mettre le patient au centre du processus thérapeutique au lieu de rechercher à tout prix dans le succès ou l’échec de celui-ci la confirmation d’un diagnostic ou la contestation d’une prescription ….

C’est un des principes qui nous guideront dans l’édition 2022 de notre podcast « Être psy, aujourd’hui et demain » où nous nous proposons d’illustrer par un certain nombre d’exemples, l’intérêt de cette nouvelle approche de notre métier.

Bonne fin d’année à vous tous.

N’oubliez pas de nous adresser les questions qui vous intéressent et rendez-vous à partir du 15 janvier sur « SPOTIFY » ou sur www.micheledeclerck.fr

Je m’efforcerai de répondre à votre curiosité.

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