Les thérapies associées

Force est bien de reconnaître, dès lors qu’on dispose d’un certain recul, que le développement et donc l’efficience des psychothérapies, et d’ailleurs de toutes les thérapies, se sont trouvées constamment limitées par ce sectarisme qui fait que lorsqu’on est dans une chapelle ,on n’est pas dans une autre, et que par conséquent on ne saurait être soigné de diverses manières à la fois.

La récente querelle qui a opposé les auteurs du « Livre noir de la psychanalyse » aux fidèles de Freud ne représente qu’un épisode d’une longue histoire de débats féroces et d’excommunications.

Actuellement, le problème le plus sérieux reste celui qui oppose la psychiatrie américaine très inspirée par les neurosciences ,dont on ne peut nier les progrès qu’ils ont apporté à la connaissance du cerveau, et une approche plus globale qui considère que les symptômes sont les produits d’une structure elle-même très marquée par l’histoire personnelle.

Le débat pourrait sembler théorique si le patient n’en faisait les frais.

Prenons par exemple un jeune homme atteint d’un de ces tocs dont on sait à quel point ils représentent une souffrance pour ceux qui en sont atteints. Au hasard de ses consultations sur Internet, ou en feuilletant les Pages Jaunes, ou encore en suivant le conseil d’amis, il va atterrir ,soit chez un psychiatre dont il va sortir avec une prescription d’antidépresseurs soit chez un thérapeute systémique prêt à incriminer le fonctionnement familial, soit dans le meilleur des cas, chez un comportementaliste qui va le bombarder d’exercices destinés à épuiser le symptôme en tant que tel.

Pourquoi pas ? ..si ce n’est que c’est ce même patient que nous allons rencontrer après quelques années, ayant épuisé un certain nombre de « psys » et aussi désemparé.

Allons-nous prétendre que nous détenons la « bonne méthode «  et que tous les autres se sont trompés ?

Certes pas : Il s’agit plutôt d’humilité, l’humilité de comprendre que ce même patient avait peut-être à la fois besoin d’un traitement anti-anxiété qui fasse tomber son niveau global de tension et d’une psychothérapie de soutien qui l’aide à critiquer ses tocs, voire d’une approche psychanalytique qui permette de faire de son histoire et de son profil personnel.

 J’ai eu la chance, au cours de ma formation de psychothérapeute, de m’abreuver à deux sources apparemment divergentes :

- l’une étant la psychanalyse freudienne, qui reste ma référence de base ;

- l’autre, la sophrologie qui, du moins dans la conception de son fondateur Caycedo, semblait vouloir tout ignorer de la psychanalyse.

A mes débuts, je me suis souvent interrogée sur ma légitimité à arborer tantôt une casquette, tantôt une autre, en fonction du cas qui se présentait.

Aujourd’hui, et peut-être parce qu’avec l’expérience et les années, on se sent en droit de se faire à soi-même ses propres règles, je considère au contraire que cette double appartenance représente une double opportunité à la fois pour moi et pour mes patients :

tout simplement parce que les cas ne sont jamais aussi simples qu’ils puissent s’enfermer dans une seule ligne de conduite.

Prenons l’exemple d’une phobie qui peut paraître « simple », voire occasionnelle comme la phobie de l’avion. Il n’est pas anodin de savoir si cette phobie relève d’une névrose phobique, marquée par la peur de l’abandon, ou d’une névrose obsessionnelle marquée par l’obligation de tout contrôler.

Je connais un garçon qui a fait un voyage terrifique à la suite d’un stage de type comportementaliste organisé par Air France et qui donne dans la plupart des cas de bons résultats, si ce n’est qu’avec le garçon en question, lui donner en quelque sorte les clés du fonctionnement de l’avion ,l’avait conduit à une attitude de surveillance de tous les instants qui lui faisait craindre le moindre changement de régime des réacteurs.

Un deuxième exemple vient du fait que certaines pathologies relèvent à la fois du corps et de la tête : tel est le cas notamment de l’hypocondrie qui échappe à la fois au corps médical dans la mesure où aucune réassurance ne peut venir calmer l’imaginaire hypocondriaque, et à une psychothérapie classique dans la mesure où le patient a besoin qu’on s’intéresse à ce qu’il ressent dans son corps.

La sophrologie - en appui à une intervention de type « pédagogique » m’est apparue comme particulièrement précieuse dans cette indication parce que justement elle se montre capable de partir de la sensation hypocondriaque de démonter la spirale qui, par le biais de l’émotion conduit de la sensation à la conviction hypocondriaque.

Un troisième exemple tient au fait que le corps lui-même, indépendamment de ce qui se passe « dans la tête » possède son propre fonctionnement inconscient.

Il s’agit en particulier de ces boulimiques qui viennent nous expliquer qu’après quelques années de psychothérapie analytique, elles ont « compris » le pourquoi de leurs troubles en liaison notamment avec l’histoire infantile, mais que cela « n’avait rien changé ». 

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