Les thérapies narratives

L’histoire de toute vie n’est jamais que celle qu’on s’est racontée ,ceci tenant à la fois aux incertitudes de la mémoire, au poids des histoires familiales ,et aussi à cette conviction que tout aurait pu être autrement .

J’ai souvent rêvé d’écrire un livre dont le héros connaîtrait des destinées totalement différentes, à partir d’un seul moment où « tout a basculé » .

Plus sérieusement, aujourd’hui, on s’intéresse à toute une catégorie de thérapies dites « centrées sur la solution », dont précisément font partie les thérapies narratives ,le concept ayant été créé par deux psychothérapeutes australiens ,Michael White et David Epston , et illustré plus récemment par des auteurs français,Serge Mori et Georges Rouan ,se référant aux recherches de Jean-Louis Pedinielli .

Personnellement , cette hypothèse m’a intéressée dans la mesure où je pense, en effet, qu’on peut toujours « écrire sa vie » autrement ,mais aussi parce que sur le plan professionnel, elle me permettait de comprendre comment dans certains cas , et en fonction de mes deux disciplines de références qui sont la psychanalyse et la sophrologie, j’avais pu passer à côté de cette 3ème voie que constituent les thérapies narratives .

Peut-être aurais-je pu rendre à Pascale ses « émotions perdues » si, au lieu de m’entêter dans une investigation analytique qui se heurtait aux résistances d’un masochisme somme toute bien accepté, je l’avais conduite à un autre récit d’elle-même, si j’avais réussi à lui rendre la petite fille turbulente et joyeuse qu’elle disait avoir été .

Peut-être aurais-je pu rapprocher plus tôt Camille de sa mère ,si j’avais pu l’aider à substituer à son image d’enfant abandonnée sans toit ni loi   celle d’une « résistante » qui n’avait jamais accepté de se taire .

Peut-être aurais-je pu réparer Michel de cette dépression de l’âge mûr, si j’avais pu lui rappeler qu’avant d’avoir 77ans et son titre de professeur émérite, il avait été cet enseignant écouté, passionné ,qui avait insufflé son enthousiasme à des générations d’étudiants.

Peut-être ,car on aura bien compris que, pas plus que dans n’importe quelle thérapie, le résultat ne dépend « que » du thérapeute .

Quoi qu’on en ait prétendu parfois ,il dépend aussi de la méthode adoptée ,et celle-ci n’est pas toujours adaptée à la demande ;

On peut s’épuiser à traiter une hypocondrie récalcitrante à travers des méthodes à médiation corporelle…même si ça marche la plupart du temps .

On peut lancer son patient à la recherche du temps perdu …sans lui apporter la solution à son problème ..

 

C’est sans doute la source de la plupart de nos échecs .

En ce sens, les thérapies narratives ne constituent pas une panacée.

Elles sont la réponse à ces patients en quête de solutions à un problème qu’ils considèrent ,à tort ou à raison, comme leur principal empêchement à vivre .

Une façon en quelque sorte de « réinventer sa vie » :

Cela vaut la peine d’essayer .

Pas de commentaire.

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