Mon meilleur ami, ma meilleure amie,tous mes amis ..

 

Mon meilleur ami, ma meilleure amie,tous mes amis ..

J'ai d'abord été surprise de la fréquence avec laquelle cette notion d'amitié

revenait dans les propos de mes patients ,jusqu'au moment où je me suis vue obligée de comprendre -tant elle était présente-ce qu'elle signifiait .

Il y a d'abord eu « mon meilleur ami » ou « ma meilleure amie » ,un personnage d'autant plus important qu'il s'insérait dans un couple -le plus souvent hétérosexuel,

mais dont il semblait qu'il fût le complément nécessaire .

L'interprétation n'était pas tellement compliquée:elle s'insérait dans ce que j'avais pu observer des couples depuis qu'ils jouaient à « Papa Poule » et « Maman Coq »,à savoir qu'ils étaient tellement absorbés par l'élevage des enfants et les taches ménagères qu'ils se retrouvaient rarement en tête-à-tête et surtout qu'ils ne disposaient plus de l'espace affectif nécessaire pour « se parler » ,c'est à dire de parler de soi et de ce qui comptait pour soi ..

d'autant que se parler devenait dangereux , en ce sens que les conversations portant la plupart du temps sur la répartition des rôles et l'égalité des chances, avaient toutes les occasions de « dégénérer ».

Si je demande à Hugo pourquoi il a fini par se séparer de Marine ,que pourtant il aimait bien, il me répondra-comme les autres d'ailleurs : 

« pour rien, pour des histoires quelconques du quotidien »,

de ce quotidien qui , à la longue,a fini par taire l'envie de parler de soi, de ses sentiments ,du temps qu'il fait ou de ce qu'on voudrait en faire ..

de cette intériorité qu'on aurait voulu partager avec l'autre .

C'est là que le meilleur ami ou la meilleure amie intervient :

-d'abord, parce que souvent, il ou elle, nous a connus à une autre époque ,

souvent sur les bancs de la fac où on était libres,riches de projets ,

même si l'on soupçonnait parfois qu'ils ne se réaliseraient pas,

libres de rêver en somme .

En ce sens,le couple avait marqué la fin des rêves, ceux qu'on pouvait encore partager avec son ou sa meilleure amie .

Hugo est désespéré de ce qu'il considère comme sa rupture avec sa meilleure amie au-delà de ce qu'a pu lui coûter le départ de Marine.

Un soir ,elle lui a envoyé un mail sans autre explication qu'elle ne voulait plus le voir.

Un malentendu sans doute mais qui lui a fait tellement peur qu'il n'a jamais osé l'éclaircir malgré quelques tentatives épistolaires inachevées .

Pour Judy , c'est un peu différent .Le « meilleur ami, pour une fille-mais je ne voudrais pas trop m'y hasarder , c'est celui qui aurait pu continuer à la protéger ,à prendre soin d'elle , sans mettre systématiquement en avant son rôle d'épouse et de mère de ses enfants .

Il n'est jusqu'aux couples d'homosexuels qui semblent avoir la nostalgie de ce meilleur ami , cet ami avec lequel, une fois éteinte la frénésie amoureuse, on peut à nouveau rêver de voyages et de musique .

Jusqu'ici,j'y vois relativement clair : C'est encore une fois notre société de consommation avec sa primauté du confort matériel et de ses contraintes ,qui a éteint cette flamme du spirituel sans laquelle le sexe perd tout son attrait..et sa poésie .

Mais si je me tourne vers les plus jeunes ,ou pas-ceux qui ont du mal à grandir- les meilleurs amis ou les meilleures amies n'ont plus cette dimension « unique » qu'ils pouvaient présenter dans les modèles précédents .

Au contraire ,plus ils sont nombreux ,mieux c'est ,et peu importe les affinités :

Ainsi, Emelyne et son « copain » ,ont réuni autour d'eux plusieurs groupes que d'ailleurs , ils définissent par ce qu'ils font ensemble

il y a le groupe « jeu de sociétés »

le groupe « randonnées »

le groupe « bar à vins »

le groupe « voyages et vacances »

qui d'ailleurs ne sont pas censés se rencontrer et même s'excluent les uns les autres .

Mais ce sont ces groupes de circonstance qui font que ces deux-là qui ne s'aiment plus -si tant est qu'ils se sont jamais aimés- se sentent en quelque sorte réchauffés par le contact des autres ,

de sorte que -même s'ils ne se séparent pas (et ce n'est pas l'envie qui leur en manque ), c'est essentiellement en fonction de cet unique questionnement :

Qu'en diraient les « autres » ,comment le leur expliquer?et ne pas se sentir coupables ..sans savoir de quoi ?

Si nous allons du côté des ados ,les choses paraissent plus curieuses ,encore que …

Le point commun avec les observations précédentes , c'est ce qu'on pourrait appeler non pas la disparition , mais la neutralisation du « sexe ».

Il n'est qu'à entrer dans un de ces restaurants japonais qui fleurissent dans la clientèle étudiante pour s'apercevoir que les filles sont avec les filles,et les garçons, avec les garçons;les autres,ceux qui sont en couple , préfèrent les plats « à emporter » , les sushis qu'on va manger chez soi .Mais la vraie convivialité ,elle est là dans le bruit des voix,et dans le groupe des semblables .

Une observation plus curieuse , et dont j'ai pu témoigner moi-même , c'est que ce n'est pas parce qu'on rentre avec une fille ,qu'on va coucher avec elle au sens strict du terme, qu'il va « se passer quelque chose ».

J'ai eu l'occasion de les observer,allongés côte à côte comme frère et sœur , avec un air d'innocence qui n'avait pas besoin de « faire semblant »

Et pourtant ,cette apparente indifférence va de pair avec un grand appétit pour l'autre sexe .Les garçons sont hypnotisés par les filles qui n'ont de cesse que de plaire aux garçons .

Alors?Alors,je n'ai pas d'explication si ce n'est que le fait que tout soit permis fait peut-être que « rien ne presse » .

Je n'ai pas de réponse ,si ce n'est qu'à travers toute cette chaîne d'amitiés ,depuis le ou la meilleure ami(e), cette rage de se sentir entouré ,cette peur de ne pas l'être ,le sexe ne paraît pas (et de loin )le motif essentiel.

Peut-être parce qu'il lui manque cette dimension de mystère,voire d'interdit qui le rend moins désirable ….

Mais il y a là pour nous autres psy, mais pour nos collègues , psychologues, sociologues et -peut-être sexologues, un vrai sujet de réflexion,

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