Papa Poule et Maman-Coq

 

Papa Poule et Maman-Coq

Ou de la difficulté de la théorie des « genres »

Je n’entends pas sous ce titre ,me livrer à une énième discussion sur l’égalité filles-garçons , le problème étant de savoir si les femmes sont capables de conduire des locomotives et les hommes de se consacrer aux soins du ménage et quelles conséquences cette nouvelle répartition des tâches pourrait avoir sur la représentation que leurs enfants communs ou respectifs se feraient des rapports entre les sexes.

Le débat a été épuisé dans toutes ses dimensions.

Non, ce qui m’a intéressé dans cette histoire de la poule et du coq, c’est qu’ils ne chantent pas la même chanson .

Traditionnellement ,Papa Coq se réveillait à l’aurore , gratifiant le voisinage d’un somptueux cocorico qui annonçait le début d’une glorieuse journée .

Quant à maman Poule, moins matinale, elle se contentait de pépiements chargés de rassembler sa couvée quand l’heure était venue de la rassasier ou de cris discordants en vue de la protéger d’un éventuel danger .

De toutes façons, on ne pouvait envisager maman Poule sans ses poussins, ceux-ci constituant sa raison d’être .

Il est facile de transposer ce schéma dans une famille traditionnelle , autour de Papa Coq et maman Poule.

Le problème étant que les temps ayant changé, nous allons nous retrouver de plus en plus souvent avec la figure inversée : Papa poule et maman Coq,et donc l’obligation de nous demander en quoi cette interversion des rôles pouvait bouleverser le quotidien du poulailler familial .

Du côté de Papa Poule, il semble que celui-ci se soit relativement accoutumé à baisser de la voix. S’il se levait toujours de bonne heure, c’était pour conduire les enfants à l’école .Le contexte social d’ailleurs l’y invitait avec les difficultés du marché de l’emploi et les facilités du travail à domicile liées aux nouveaux outils .

Je dois à la vérité de dire que j’ai rencontré parmi mes patients un certain nombre de pères confortablement installés dans leur nouveau rôle …

au point que cette nouvelle sédentarité avait entraîné un effet secondaire intéressant dans le nouveau souci qu’ils manifestaient de leur propre fidélité conjugale –celui-ci pouvant être imputé à la rareté des occasions , mais peut-être plus insidieusement à une sorte de renoncement à leurs prétentions donjuanesques .

A quoi sert de « chanter beau » si personne ne vous écoute ?

Quant aux mamans-coqs, déjà par nature plutôt bavardes, il semble bien qu’elles aient haussé le ton profitant de leur temps libre pour investir les réunions de parents d’élèves, les clubs de sport, voire les réunions politiques pour se livrer à leur jeu favori ,à savoir qui va parler le plus fort, avec le plus de chances de se faire écouter ,

l’inconvénient étant qu’elles entonnent toutes les mêmes paroles : les enfants, le mari, la famille et les soucis que leur cause la santé des uns et des autres …

Donc, désordre dans le poulailler, et quelques couacs avertisseurs :

Ce jeune père qui « la mort dans l’âme » a dû renoncer à un fabuleux contrat aux États-Unis parce que son épouse ne supportait pas de le voir s’éloigner. On avait besoin de lui « sur place » .

Cette jeune femme de bientôt 40 ans tentée d’abandonner les rênes de mère de famille pour une aventure homosexuelle ..où tout ne serait pas joué d’avance et formaté à sa guise .

Au-delà, je devine la question que vous allez vous poser :

Et les enfants, dans tout cela ?

Et c’est bien que vous vous la posiez , parce que justement, « on n’en sait rien » et que c’est au cœur du sujet .

La tendance est trop récente pour qu’on en tire des hypothèses à long terme .

Je me dis que le mieux qui puisse leur arriver, c’est qu’ils échappent au poulailler, qu’ils ne se sentent pas obligés de se définir par rapport à Papa Poule et maman Coq , sachant qu’ils ont affaire à des adultes empêtrés dans des rôles à travers lesquels ils ont eux-mêmes bien du mal à trouver leur place ..

Alors peut-être , les filles auront mieux à faire que se battre contre le caquetage maternel ,et le garçon trop sage pourra redonner à son père le goût de la voile et du vent .

C’est peut-être là le vrai sens de la théorie des « genres ».

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