Pas de vacances pour l’hypocondrie

Pas de vacances pour l’hypocondrie

D’ordinaire, cette fin de juillet est plutôt « tranquille », annonciatrice de ce grand désert du mois d’aôut.

Pour autant ,rien ne se passe comme prévu :

Si mes patients habituels se sont les uns après les autres « absentés » , j’ai vu venir comme en avalanche ,un certain nombre d’urgences ,générées elles aussi, mais en quelque sorte « a contrario »,par l’approche des vacances .

Il y avait eu quelques signes prémonitoires : il y a déjà 2 ans de cela, j’avais dû accueillir une dame rapatriée de Croatie à la suite d’une attaque de panique qui l’avait laissée sans défense.

Quelques séances de sophrologie lui avaient permis de repartir pour sa villégiature où les siens l’attendaient .

Mais, jamais comme cette année ,je n’ai vu se bousculer de nouveaux patients effrayés à l’idée de « devoir » partir en vacances ,et assez lucides pour faire le lien avec ce qu’ils appellent leur « hypocondrie » habituelle .

Frédéric sait par avance qu’il ne supportera pas les méduses et les coups de soleil.

Annie est terrorisée à l’idée de cette villa en Corse prêtée par des amis avec la crainte de voir ses enfants s’y noyer dans la piscine .

Alex ne se nourrit plus que d’eau et de pain sec depuis plusieurs jours, tant il a peur de vomir dans l’avion …

 

Tous ont un point commun : c’est que sous ces phobies diverses, transparaît une seule et unique peur :

celle de s’éloigner du cocon familial élargi à la dimension géographique , de perdre ses points de repère habituels

 

Et c’est ici que nous retrouvons une dimension que nous avons déjà pointée :

le rapport entre l’hypocondrie avec la surprotection familiale-nous n’y reviendrons pas

mais au-delà , avec cette situation de dépendance vis-à-vis du cocon initial, qui fait que tous ces hypocondriaques –même s’ils ne l’avouent pas d’emblée , attendent chaque jour le coup de fil ou le « texto » qui leur rappellera que leur mère pense à eux et s’inquiète de leur santé …

Dès lors, on peut comprendre que chaque éloignement géographique , chaque évasion dans un pays inconnu, voire ,chaque changement de régime alimentaire s’accompagne d’une résurgence des anciennes terreurs ,quand « allo,maman,bobo », pouvait ne pas recevoir de réponse .

Au-delà de ce problème factuel, soit l’angoisse de nos patients hypocondriaques devant toute menace d’éloignement, et donc de séparation , se pose une question plus fondamentale qui interroge notre rapport au corps .

Qu’est-ce que c’est que ce corps-là qui n’est pas capable de nous assurer ce minimum de sécurité intérieure qui lui permette d’exister en lui-même accomplissant cette première castration que F. Dolto a qualifiée de castration ombilicale et qui représente notre première étape vers l’autonomie .

Au-delà de ces considérations qu’on pourrait qualifier de « philosophiques « , s’agissant de notre rapport existentiel à notre propre corps , se pose un problème beaucoup plus pratique concernant l’usage de la sophrologie dans le traitement de l’hypocondrie .

Je dis et je maintiens pour l’avoir éprouvé , qu’elle reste la meilleure méthode pour sortir l’hypocondriaque de la spirale infernale qui le conduit d’une sensation exagérée à un délire d’interprétation .

Cependant, j’ai pu observer que certains de nos hypocondriaques, réputés guéris ,restent à la merci d’une récidive ,même a minima, dès lors que l’occasion s’en présente .

Il est possible que centrés sur nos techniques, aussi efficaces soient-elles, nous en ayons oublié la dimension phénoménologique de la sophrologie, capable, elle, de modifier en profondeur notre rapport au corps .

C’est un sujet de recherche et de réflexion pour tous ceux dont je suis qui considèrent que toute « imaginaire qu’elle soit » ,la maladie hypocondriaque reste une souffrance qui mérite notre attention .

 

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