Quand les hommes se rebiffent

Quand les hommes se rebiffent…

                                                                Ou le retour du refoulé

 

 

On croit que cela va « durer toujours »,mais nous ,les psys, qui sommes en quelque sorte, les avant-postes de la société, nous savons bien que rien ne dure et que les tendances apparemment les mieux installées sont celles qui peuvent être remises en question ,en quelque sorte, du jour au lendemain ,mais non sans prévenir .

 

Il y avait donc un certain temps que j’observais ,chez les couples les plus conformes au nouveau modèle ,les premiers signes de rébellion .

Les premiers menacés ,sans pouvoir encore le reconnaître, ont été les plus jeunes : à peine sortis du bac techno ou frais émoulus de la prépa, mais pressés de se faire reconnaître dans leur statut d’adultes ;

et pour ce faire ,rien de plus simple que de « se mettre en couple » ,soit de jouer à papa et maman, pour l’instant sans la contrainte de l’enfant à venir ,mais surtout sans répéter ce qu’ils n’avaient pas aimé dans le couple parental :

la mère femme au foyer, même si parallèlement elle travaillait au-dehors , et donc s’astreignait à la double tâche.

le père plus ou moins bourreau domestique, dont la mauvaise humeur se justifiait par le fait qu’il apportait son travail et son salaire à la maison.

Donc, des gens présumés frustrés ,dont on ne pouvait guère attendre une prédisposition quelconque pour le bonheur .

Alors , on allait faire différemment , et ceci d’autant plus facilement qu’était intervenue cette magnifique ouverture de l’égalité des sexes.

On allait partager les taches ménagères qui dès lors deviendraient un jeu d’enfants :le lave- vaisselle, la machine à laver, l’aspirateur-traîneau étaient devenus des jouets à partager ,comme nous le montraient les messages de la pub.

Ceci allant de pair avec le partage des dépenses qui ne s’avérait pas si simple , compte tenu de la disparité des situations .

Alors , la grogne est venue , parce qu’après tout, « ils n’étaient encore que des enfants » et que par une loi bien connue des professionnels du management , l’accroissement en personnel ne s’accompagne pas nécessairement de l’allègement des taches .

Bref, on s’aperçut qu’on avait de moins en moins de temps pour la piscine ,le cinéma ou les soirées en terrasse .

 

Les filles semblaient y avoir gagné, les garçons, un peu moins satisfaits de ce nouveau mode de colocation où ils avaient laissé une part de leur insouciance pour un certain type de supervision ..

Certains ont renoncé ,changeant de partenaires ou optant pour un système alternatif inspiré du RBNB ou reproduisant sans le savoir l’esprit communautaire de mai 68 .

D’autres, peut-être moins imaginatifs ont renoué avec leur ligne de départ :

En fait ,on ne joue pas à papa-maman si on n’a pas d’enfants .

 

Et c’est ici que « les filles » ont imposé leur loi ,peut-être en raison de ce « désir d’enfant » qui les tourmente à mesure qu’elles dépassent leur période de fécondité ,sans doute parce que convaincues dans leur inconscient que c’est là que s’est situé, et de tous temps, la source de leur pouvoir .

Dès lors, l’enfant à naître, ou l’enfant juste né, ou l’enfant à élever, devenait la justification de la soumission masculine .

Et quel homme aurait le front de se soustraire à ce devoir , d’autant que s’il s’y dérobe, on trouvera le moyen de le lui faire payer sous forme de pension alimentaire ou de gardes alternées .

Ce sont alors ces « faux-pères » qui viennent se plaindre ,présumés coupables et encombrés d’une culpabilité sans autre compensation que la suspicion qu’ils peuvent ressentir de la part de ces enfants eux-mêmes qui leur ont été plus ou moins imposés :difficile de faire semblant d’aimer .

Et l’histoire se répétera , en plusieurs épisodes , donnant lieu à ces familles recomposées où on peine parfois à reconnaître le « vrai père »  du faux père où la « vraie mère » de la fausse mère , si ce n’est à travers les histoires dites justement de familles qui, elles, ont bonne mémoire .

 

Alors, on se rassemble ,puisqu’on se ressemble .

Et on part en groupes ,avec les anciens de la Fac ,auxquels se sont adjoints les copines des uns et les copains des autres et pour point commun , le fait qu’ils aient des enfants , beaucoup d’enfants ,à la fin du compte de telle sorte qu’on n’a plus un moment à soi ,pour faire les choses qu’on aurait envie de faire ou de retrouver cette camaraderie qui nous retiendrait de vieillir .Car là encore ,les femmes ont décidé : « on ne va tout de même pas se « priver » des enfants pendant les vacances …alors qu’habituellement elles se plaignent de les avoir « toujours sur les bras » .

Julien a bien suggéré l’idée d’une baby-sitter collective qui libérerait du temps et des loisirs pour tout le monde ,mais il n’ose même pas proposer la solution, au risque d’apparaître comme celui qui n’a rien compris , qui n’a pas compris que le plus bel été du monde consiste à se retrouver dans une maison de campagne en Ardèche ou en Bretagne avec des adultes qui s’ennuient et des enfants qui se chamaillent ,en attendant la rentrée où, enfin, on va pouvoir « se reposer » et penser un peu à soi .

Tout ceci, ce n’est pas moi qui l’ai inventé ;:ce sont Julien,Louis,Fabrice, qui me l’ont raconté , avec leur bonne volonté de jeunes pères de famille et leur désarroi de n’être pas «  contents ».

Au risque de paraître « retro »,j’oserais dire qu’ une fois passés les phénomènes de mode , on ne peut nier qu’il y ait du biologique -voire de l’inconscient- dans la volonté de chacun-homme ou femme- de persévérer « dans son être » comme l’affirmaient à des siècles d’intervalle, un philosophe comme Spinoza ou une psychanalyste comme Dolto.

Bien entendu, il ne s’agit ni de restituer l’antique image des hommes guerriers et chasseurs et des femmes gardiennes du foyer, Ulysse et Pénélope en quelque sorte ,pas plus que de réanimer l’actuelle querelle du genre qui ferait qu’on ne « nait pas homme  ou femme », mais qu’on le devient sous le poids de l’éducation et du contexte social .

L’histoire est sans doute à la fois plus complexe et plus subtile.

 

En tant que psychanalyste , je serais beaucoup plus tentée de voir dans notre Inconscient , qu’il soit individuel ou collectif ,l’origine de notre bisexualité fondamentale ,donc de notre liberté et de la richesse que nous représentons les uns pour les autres, dès que nous ne voulons pas les résumer à une lutte de pouvoir ou d’influence .

 

Bonnes vacances !

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