une nouvelle approche de la dépression : la remise à nouveau par la sophrologie

1)L’état des lieux face à la dépression

Aujourd’hui, une impression d’impuissance face à la confusion des diagnostics où tout se mélange :

de la dépression dite saisonnière, marquée par une baisse de tonus

à la dépression traumatique, liée à des accidents de vie :deuil, rupture, chômage

à la dépression névrotique, résultant d’un conflit inconscient mais qui se transformera en dépression larvée, faute d’avoir été analysée.

 

2) En face : un arsenal inefficace

Dès lors, on va traiter de la même façon la dépression mélancolique qui ne touche qu’une partie infime de la population et la simple déprime, dont on connaît la banalité.

Et ce sera le recours systématique aux antidépresseurs dont on sait les inconvénients en termes d’effets secondaires et de dépendance jusqu’à rendre une bonne partie des adultes accros à ce « doudou » dont ils ne sauraient plus se passer sans pouvoir en évaluer l’efficacité.

Dès lors, il paraîtrait raisonnable de recourir aux psychothérapies qui ont le mérite de s’intéresser aux « causes » de la dépression, mais dont l’accès reste problématiquedans la mesure où elles supposent de la part du déprimé un élan vital qui l’a abandonné et un minimum d’effort, voire d’espoir, qu’il est souvent incapable d’envisager.

3) L’approche par la sophrologie

Elle se propose de répondre aux 2 composantes de la dépression :

- une vision négative de l’histoire passée,voire un sentiment de victimisation

-la conviction d’impuissance, avec la certitude que rien ne pourra changer :
« Je suis nul(le) »…et je le resterai

Nous allons donc agir sur ces deux plans :

- la possibilité de revivre l’histoire autrement

- et la capacité de se reconstruire.

1° Réviser son histoire

C’est ce que nous essaierons de faire, séance après séance, à travers plusieurs séquences :

  1. La pause

Tout commence par là.

Il s’agit de s’arrêter, d’écarter à la fois le passé, y compris le passé proche vécu sur le mode de la persécution et la projection anxieuse vers un futur envisagé sous un angle pessimiste pour s’installer dans un « entre-temps » qui permette une autre relation à soi-même 

2)La prise de hauteur

Autrement dit une prise de distance vis-à-vis des situations vécues qui permette de les dépouiller de la confusion émotionnelle et de les envisager avec un autre regard :
le regard de l’observateur à qui il sera donné de voir la scène autrement compte tenu du décor, des circonstances, du jeu des protagonistes et donc de rétablir une certaine objectivité, ou du moins relativité dans la perception des événements

3) L’élargissement du champ de vision

Soit l’invitation à ne pas se laisser obnubiler par de soi-disant « butoirs »qui nous obscurciraient l’horizon jusqu’à nous interdire de nouvelles perspectives.

C’est donc une invitation à voir l’avenir autrement que comme une réplique du passé et notamment d’envisager des étapes qui vont en atténuer la difficulté en même temps qu’elles en améliorent la probabilité

4) L’invitation à vivre au présent

Comme le seul temps qui nous appartienne, et dans lequel on puisse avoir une action sur les choses, y compris la possibilité de reconstruire son histoire « autrement ».

Une condition sine qua non : l’état sophronique

Il est clair que ce genre de travail ne peut s’envisager dans un état de conscience ordinaire où toute tentative de changement se heurterait aux mécanismes de défense habituels du patient :

C’est donc à partir de cet état particulier obtenu par la relaxation sophronique et qu’on appelle justement « état de conscience modifié »que les suggestions du sophrologue vont pouvoir intervenir.

2°Trouver la capacité de se reconstruire

Pour autant, cette « révision » resterait insuffisante,

si elle ne s’accompagnait de la conviction de pouvoir se reconstruire, ce qui suppose la restauration de l’estime de soi et de la confiance en ses capacités, jusqu’à pouvoir les investir dans un projet.

C’est ce qui va se construire dans la durée, à travers les différentes étapes de la « cure » sophrologique, car il va s’agir d’une véritable cure, supposant un certain nombre d’étapes.

Un outil essentiel :le schéma corporel

Ici, nous allons nous appuyer sur cet autre outil essentiel de la sophrologie qu’est la prise de conscience du schéma corporel.

L’idée est la suivante : c’est à partir de la perception de notre corps vécu et sa réappropriation que nous pouvons rebâtir le socle de notre personnalité, cette personnalité qui s’est trouvée en quelque sorte dissoute ou en tous cas diluée par la dépression.

Cette restauration se fera en «  étapes :

1ère étape : « Je suis »

C’est en quelque sorte une déclaration d’existence :n’oublions pas que le déprimé a parfois l’impression de n’être rien,ou « pas grand-chose ».

Donc, premier constat :

Je suis au moins ce corps-là que j’ai redécouvert sur le divan, et dont le sophrologue en face se porte garant, un peu comme la mère bienveillante de la première enfance.

C’est ce que nous appelons la restauration du narcissisme primaire,plus simplement « le sentiment d’être »

2ème étape : « Je suis quelqu’un »

Quelqu’un, c'est-à-dire un individu porteur de valeurs,de valeurs que j’avais peut-être oubliées ou occultées, mais qui resurgissent là,à partir du moment où à travers ce corps « ressuscité », je retrouve un nouvel accès à mes émotions, ces émotions qui font qu’il y a des choses que j’aime ou que je n’aime pas,et qui définissent en quelque sorte le contour de ma personnalité.

A partir de là, nous ne sommes plus très loin de « l’Idéal du Moi »,c'est-à-dire ce projet de soi-même que tout un chacun porte en soi à partir de l’enfant qu’il a été, de l’éducation qu’il a reçue et de ce qu’il en a retenu.

3ème étape : « Je suis une personne »

C'est-à-dire quelqu’un qui parle en son propre nom, qui sait ce qu’il veut ce qu’il veut et qui a les moyens d’y accéder.

ce que nous appelons un « sujet ».

C’est à partir de là qu’on pourra considérer que le patient est sorti de sa dépression, mais aussi qu’il s’est donné le support qui lui évitera les risques de récidive -quelles que soient par ailleurs les circonstances concrètes.

C’est un chemin qui peut paraître long, même s’il reste très éloigné de la durée d’une cure analytique : la dépression a mis parfois des années à se constituer, il faut du temps pour faire le chemin à l’envers.

Nous ne sommes plus ici dans la perspective du remède-miracle dont on gratifie parfois la sophrologie, mais dans celle d’un travail mené de concert entre le sophrologue et son patient et qui va permettre au déprimé à la fois de réécrire son histoire sous un autre jour et de reprendre l’initiative par rapport à ce qu’il aura pu récupérer de ses propres valeurs.

L’expérience montre qu’il vaut la peine d’être tenté.

Michèle Declerck Le schéma corporel en sophrologie et ses applications thérapeutiques Lharmattan 2004

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